La centrale, Elisabeth Filhol

Avec ce premier roman publié en 2010, Elisabeth Filhol propose au lecteur de découvrir l’envers du décor de la filière nucléaire française. J’ai entendu parler pour la première fois de La centrale sur le blogue de Loïc.

Le narrateur est un intérimaire du nucléaire. Il passe de centrale en en centrale lors des arrêts de tranche pour participer aux procédures de maintenance. Le récit alterne entre le présent et le passé : on comprend que le narrateur voit son statut déjà précaire menacé par un incident qui l’a exposé à des radiations. Or l’exposition aux radiations est comptabilisée et dès qu’un certain seuil est atteint, les procédures sanitaires empêchent le travailleur de se faire embaucher à nouveau. Il doit attendre un certain délai, sans salaire évidemment.

La centrale propose au lecteur de découvrir le monde du nucléaire de l’intérieur et en particulier sous l’angle de la précarité vécue par une main d’œuvre à contrat qui n’a pas le choix d’être mobile et de passer de centrale nucléaire en centrale nucléaire. C’est la vie dans les caravanes, d’une agence d’intérim à l’autre pour décrocher un contrat de travail. La précarité c’est aussi le fait de jouer avec sa santé. Le danger existe, il est d’autant plus insidieux qu’il est invisible. Il faut travailler avec la pression de l’exposition aux radiations. Elisabeth Filhol décrit très bien la tension que cela peut générer dans l’esprit des travailleurs et au sein des équipes. Chaque signe de faiblesse est traqué et colporté au sein de la communauté des travailleurs. La pression est telle qu’elle peut conduire à des défaillances en pleine action. Et une fois le travail effectué, chaque employé fait le compte de son exposition aux radiations en fonction de la dose annuelle maximale que le corps peut recevoir. Cette limite est toute théorique car l’employé peut mentir au moment de son entretien avec l’agence d’intérim ou alors l’agence d’intérim peut elle-même fermer les yeux.

La centrale est donc un roman engagé, d’ailleurs plus proche d’un documentaire témoignage que d’un roman. Très court, il met le projecteur sur un système qui se nourrit de la précarité de la main d’œuvre. Pour des raisons d’économie, les opérations de maintenance ont été externalisées, la filière nucléaire transférant ainsi sa responsabilité envers la santé des travailleurs à des acteurs économiques qui n’ont pas de comptes à rendre. C’est la réalité d’un secteur qui a abandonné une partie des siens en sous-traitant les opérations d’entretien. Côté littéraire, le style plutôt froid de l’auteure souligne la dureté des drames humains qui se jouent derrière les épais murs de béton des centrales nucléaires.

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