Des amis, Baek Nam-Ryong

L’événement de la rentrée littéraire 2011 est sans conteste la prouesse réalisée par Actes Sud avec la publication d’un roman nord coréen. C’est une première de voir « sortir » en français un roman issu de ce pays réputé hermétique. La Corée du Nord possède donc une littérature et Baek Nam-Ryong en est l’un des auteurs phares.

Chapeau tout d’abord aux traducteurs qui prennent soin d’expliquer dans l’avant-propos le contexte de l’œuvre. Tout au long du roman, ils précisent les intentions de l’auteur quand il utilise des termes bien précis qui sont propres à la culture nord-coréenne. Il n’est déjà pas facile de traduire la réalité d’une langue et d’une culture étrangères mais c’est encore plus ardu de traduire la réalité d’une société et d’un système politique fort différents de ce nous connaissons.

Une femme vient voir un juge pour lui annoncer son intention de divorcer. Son mari est résigné à accepter le départ de son épouse. Elle est chanteuse d’opéra et lui est un ouvrier qui peine à mettre aux point une invention. Plutôt que d’accepter telle quelle cette demande de divorce, le juge enquête sur l’histoire de ce couple, sur sa vie et sur les raisons qui les conduit à vouloir se séparer. L’histoire est présentée à la façon d’une enquête policière. En effet, le juge interroge les deux parties, l’enfant du couple ainsi que les collègues respectifs des époux. Il cherche ce qui pose véritablement problème au sein de ce couple. C’est un juge qui prend à cœur son métier. On est loin d’une bureaucratie communiste froide.

Tout d’abord je ne soupçonnais pas que le divorce était légal en Corée du Nord. Loin d’être tabou ou considéré comme un acte libéral minant les bases de la société, c’est normal même si d’après ce qui est décrit dans Des amis, il peut être mal vu par l’entourage du couple qui se sépare. J’ai aussi fait connaissance avec le quotidien de citoyens nord-coréen. Je suis bien conscient que ce roman est peut être une projection mais il est riche d’enseignements sur les interrelations entres les individus. Le doute est omniprésent chez chacun des personnages. L’auto critique est toutefois un peu trop poussée pour être crédible.

Sur la forme, Des amis est un roman très agréable à lire. Le personnage de ce juge consciencieux et débonnaire est séduisant. L’auteur introduit une bonne dose d’humour, ce qui crée une connivence avec le lecteur. J’ai tout de même trouvé une certaine naïveté dans le ton du roman, un petit côté rose bonbon plein de bons sentiments. Mais il peut s’agir de codes spécifiques à la littérature nord-coréenne auxquels le lecteur occidental cynique n’est pas préparé.

Je me suis posé la question si on pouvait parler de propagande à propos de ce roman. Les valeurs du régime sont en effet soulignées : l’absence de hiérarchie sociale est prônée, le travail de l’ouvrier à l’usine est valorisé, la famille est présentée comme la cellule de base de la société nord-coréenne, le bien de la nation est prioritaire sur les désirs individuels. Ce roman de Baek Nam-Ryong appartient à un contexte politique et social bien précis et est conforme au discours communiste tel qu’on se l’imagine. Vous ne trouverez évidemment pas mention des informations qui filtrent parfois dans l’actualité à propos de la Corée du Nord : ni famine, ni culte des dirigeants, ni fuites vers la Corée du Sud.

Cela dit, l’auteur a eu des ennuis avec la justice nord coréenne car il met en scène dans ce roman un responsable qui détourne les biens de l’usine et donc du gouvernement pour son profit personnel. De telles choses ne devraient pas exister. L’auteur s’en est sorti car ses soutiens ont témoigné de sa volonté de dénoncer ces abus en les posant dans son roman et non de les encourager. La critique est passée pour constructive et a été tolérée.

Je ressors de cette lecture avec l’impression d’avoir eu un aperçu d’un pays peu connu. La littérature a cette capacité à entrouvrir les portes.

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12 réflexions au sujet de « Des amis, Baek Nam-Ryong »

  1. Ça me rappelle la seule fois de ma vie où j’ai lu Gorki. Mis à part le fait que j’avais pas beaucoup aimé (ce qui s’applique pas dans ton cas), j’avais fini le livre avec comme l’impression d’avoir entrouvert le rideau sur une époque & un pays — mais pas tout à fait. Il n’y avait pas tout ce que je pensais y voir. (& tous les livres sont un peu comme ça, j’imagine, mais celui-là plus que les autres.)

    (& je suis tombée ici par hasard, alors bonjour!)

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    1. L’avant-propos des traducteurs joue le rôle d’introduction au roman et à ses particularités. Mais l’ouvrage est lui-même riche en notes des traducteurs pour commenter le choix d’une traduction ou pour préciser un point culturel. Le lecteur n’est pas abandonné face à un texte livré brut de décoffrage et c’est quelque chose que j’ai apprécié.

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  2. Il y a tellement de beaux livres à découvrir. Le Temps des Fêtes approche rapidement. J’en profite pour choisir les cadeaux que je vais offrir. Vous avez lu dans mes pensées… cette année j’offre des livres à ma famille et mes amis.

    J’ai réfléchi à ceci : offrir des BD aux adultes et de petits romans légers au plus jeunes. Bien entendu, c’est une période de détente et je désire ouvrir l’imaginaire de ceux que j’aime. Qu’en pensez-vous ?

    Merci pour votre blog.

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  3. Un roman intéressant, intrigant c’est vrai – parfois un peu raide et édifiant, mais qui permet d’ouvrir les yeux sur un autre pays et sur une certaine approche du divorce. J’en parle justement en ce jour sur mon blog, ici:

    http://fattorius.over-blog.com/article-baek-nam-ryong-quand-le-divorce-devient-une-affaire-d-etat-90924694.html

    Joli coup de la part d’Actes Sud, qui a ouvert la porte sur une littérature parfaitement inconnue dans le domaine francophone. Y aura-t-il d’autres traductions? Affaire à suivre.

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  4. Je pensais au départ que c’était le roman d’un dissident, qui nous permettrait d’en apprendre un peu sur ce pays, sur le sort des intellectuels, à l’image des romans des romanciers chinois en exil… mais en fait, d’après ce que j’ai lu ici et là, il semble qu’il s’agit bien plus d’une apologie du régime…

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    1. L’auteur a certes eu quelques petits ennuis avec certains éléments, mais on n’est pas vraiment dans une littérature dissidente. Même si tout ce qui est montré dans « Des Amis » n’est pas forcément rose.

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    2. Je te confirme qu’il ne s’agit pas d’un roman dissident. Mais ce n’est pas non plus un roman qui loue le régime nord-coréen. Je le vois plutôt comme une sorte d’instantané, une photo de ce pays. C’est un récit de fiction qui est ancré dans la réalité de la Corée du Nord, avec ses qualités et ses défauts.

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