Le sermon aux poissons, Patrice Lessard

Après une pause estivale, je reprends avec grand plaisir mes chroniques pour le compte de la Recrue du Mois. J’espère que vous avez jeté un coup d’oeil au numéro spécial de septembre qui a clôturé notre saison littéraire 2010-2011.
La recrue du mois d’octobre est Patrice Lessard avec son premier roman Le sermon aux poissons.

Que voilà un roman déroutant ! Et il est bon d’être dérouté quand on lit de la littérature !

Construit en spirale, le sermon aux poissons commence avec l’exposé d’une situation : un homme cherche à retrouver son téléphone portable. Mais ça se complique au fur et à mesure quand le passé et le présent se mêlent dans la narration. Tout s’accélère ensuite avec des scènes qui se répètent et dont on ne sait pas si elles sont réelles ou imaginées.

Ce qui m’a le plus perturbé est le passage ponctuellement d’une narration à la troisième personne à une narration à la première personne. J’ai d’abord cru à des erreurs mais j’ai du me résoudre : Patrice Lessard joue avec le lecteur. Les lieux et les moments se mélangent. Le personnage principal confond lui-même les femmes de sa vie. Et avec ce roman au cœur de Lisbonne, l’auteur rappelle que le terrain de jeu de l’écrivain, c’est le monde. Les passages en portugais donnent une touche spéciale au roman mais génèrent aussi un peu de confusion dans la lecture. Tout comme le personnage principal, je me suis perdu moi-même dans les noms de rues et j’ai vite renoncé à essayer de me repérer dans le dédale lisboète mis en place par Patrice Lessard. En effet, lire de la littérature, c’est aussi renoncer à tout saisir pour se laisser porter par l’ambiance créée par l’écrivain. Pour Patrice Lessard, peu importe que les personnages se trouvent dans une rue ou une autre ou qu’ils aient une conversation le jour même ou la veille. Ce ne sont que des conventions. Peu importe aussi ce téléphone portable, bel exemple de MacGuffin. L’essentiel est le ressenti du personnage : tourmenté, confus et profondément seul, il devra vivre avec les conséquences de sa décision. C’est ce point de rupture qui est intéressant pour l’écrivain. L’angle choisi par Patrice Lessard fait du Sermon aux poissons un roman qui plaira surtout aux lecteurs qui aiment être bousculés.

Le sermon aux poissons est publié aux éditions Héliotrope.

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4 réflexions au sujet de « Le sermon aux poissons, Patrice Lessard »

  1. Merci pour cette suggestion.
    C’est amusant car (pour le club de lecture de ma ville ), je viens de commencer le roman de Pascal Mercier : Train de nuit pour Lisbonne. Le personnage central est un suisse qui part pour Lisbonne (afin d’y retrouver l’auteur d’un livre déniché par hasard) et qui s’y perd un peu(et s’y retrouve… dans tous les sens du terme). Certains passages sont écrits en portugais et traduits par le narrateur. Simple coïncidence et les styles semblent très différents, mais je voulais simplement partager ce petit clin d’oeil de Lisbonne dans ma vie de lectrice! J’avais déjà découvert cette ville via le film de Wim Wenders et la musique de Madredeus et ce qui s’en dégage pourrait bien en faire ma prochaine destination. Je trouve fabuleux la place qu’occupe la culture dans ce pays dont la superficie est si petite. José Saramago et son livre tous les noms a aussi été pour moi un grand moment de lecture que je suggère à tous.
    Merci encore.
    Marion (… la bavarde!)

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    1. Bonjour Marion,
      Amusante coïncidence littéraire en effet.
      J’ai passé sous silence l’hommage que Patrice Lessard rend aux écrivains portugais Saramago et Pessoa. Je ne les connais pas donc j’ai du mal à tracer un parallèle. Cela dit il les mentionne à plusieurs reprises dans son texte.

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  2. Je viens de terminer ce livre.
    Je le recommande vivement à tous ceux qui aiment se laisser porter par une atmosphère, une ambiance, éprouver toutes sortes de sensations au fil des pages d’un livre.
    Sensation de flottement lorsque l’on a un peu bu, confusion des souvenirs lorsque l’on part en vacances plusieurs années de suite au même endroit, sentiment furtif de plénitude et de bonheur à l’écoute d’un morceau de musique, mélange de désirs contradictoires, errance…
    Je souhaite bon voyage à tous ceux qui liront ce livre !
    Merci Philippe pour cette belle suggestion de lecture.

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