Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier

Lu dans le cadre du repêchage de la recrue du mois, ce livre hybride, à la fois roman, guide de croissance personnelle et essai sociologico-philosophique, aurait tout aussi bien pu s’intituler : les hipsters se cachent pour mourir.

Un homme de 35 ans réalise que sa vie, aussi riche en événements branchés qu’elle soit, est en fait vide de sens. Déboussolé par cette prise de conscience soudaine, il quitte alors Montréal et ses lumières artificielles au volant de sa voiture pour se lancer dans une fuite en avant. Cet homme est un hipster. Qu’est-ce qu’un hipster me direz-vous ? C’est un terme qu’il convient de définir pour bien comprendre l’intention de Nicolas Langelier. Généralement jeune et vivant en milieu urbain, le hipster est très au courant des dernières tendances. Lucide et blasé, il adopte une posture ironique et humoristique sur les choses de la vie, aussi graves soient elles. Le statut personnel est important pour lui et sa désinvolture doit s’exprimer par des goûts musicaux, culturels et vestimentaires pointus et inconnus du grand public. En fait plus c’est obscur et moins c’est connu, mieux c’est pour son statut social.

Avec réussir son hypermodernité… le journaliste Nicolas Langelier mène en parallèle le récit du de la prise de conscience d’un hipster rattrapé par la vie et une réflexion générationnelle, plus large. Les chapitres où le narrateur parle de son expérience sont pleins d’humour. Le livre lui-même est écrit comme un guide, invitant directement le lecteur à s’interroger et à accomplir des gestes concrets pour surnager dans l’hypermodernité. L’auto-dérision fait souvent sourire malgré le côté tragique du récit. Ce qui me fait dire que Nicolas Langelier a tout du bon hipster. Mais il va plus loin : il se demande quelles sont les implications à plus grande échelle des comportements individuels qu’il décrit et pose la question du legs que vont laisser les générations X et Y. Lucide sur son époque, Nicolas Langelier propose un livre fourre-tout à la façon d’une encyclopédie. Associée à un style mordant, cette construction permet de garder l’attention du lecteur. Les tendances culturelles et sociales actuelles sont exposées et l’auteur présente comment elles s’inscrivent les unes en fonction des autres. C’est en comparant l’époque actuelle avec les décennies passées qu’est définie la notion d’hypermodernisme. L’individu hypermoderne est ancré dans le présent, consomme à outrance et au contraire de ses aïeux n’a ni rêve ni utopie pour la société. Un constat qui fait peur : les désirs sont individuels et aucune vision de la société ne semble émerger… J’apprécie que le fin mot de l’histoire soit laissé au philosophe. Une mise en perspective nécessaire et salutaire pour nous décoller le nez du présent.

Publié aux Éditions du Boréal.

6 réflexions au sujet de « Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier »

  1. Intéressant, ça fait plusieurs fois que j’entends parler de ce bouquin que je n’aurais jamais vu passer si ce n’était des blogueurs, comme toi, qui en discute. J’ai bien envie de l’ajouter à ma pile de livre à lire (quand même, c’est un devoir en tant que représentante de la culture hipster! haha tellement pas…).🙂

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    1. Ce n’est pas évident pour les premiers romans d’obtenir l’attention des médias. Et pourtant Nicolas Langelier bénéficie d’une certaine notoriété en tant que journaliste. Allez tiens, j’en profite pour faire de la pub pour la recrue du mois dont l’unique mission consiste à couvrir la production québécoise de premiers romans.
      Sérieusement, vu la musique dont tu parles sur ton blogue, je pensais que tu étais carrément hipster🙂

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      1. Je veux répondre à ça parce que j’étais sûre que ça allait sortir: c’est vrai que je m’attache particulièrement à la musique émergente assez peu connue et je mentirais de dire que la culture hipster ne me touche pas du tout. Mais je ne suis pas une « représentante » de ce mouvement (le nom de mon blogue est plutôt une ironie), mais j’en aime certains aspects, oui. La mode par exemple. Mais encore là tout dépend: je n’ai pas l’air d’une vitrine de chez urban outfitters (du tout)!😉 Mais c’est un mouvement artistique et social intéressant à suivre et intriguant.

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    1. Ah oui j’ai aimé ! Ça se lit super bien et le texte alterne entre légèreté et profondeur. Le sujet m’attirait au départ pour l’analyse de la culture hipster mais ça va plus loin. Vraiment un bon livre pour un curieux de nature comme moi. C’est drôle mais j’ai du mal à le considérer vraiment comme un roman étant donné que ça part un peu dans tous les sens. C’est pour ça que je dis livre plutôt que roman.

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