Americana, Don DeLillo

Après avoir lu Underworld et Falling Man, je me plonge dans l’œuvre de Don DeLillo à travers un recueil de ses romans publié chez Actes Sud dans la collection Thesaurus.
Paru en 1971, Americana est le premier roman de Don DeLillo. C’est pour le moment le plus étrange que j’ai lu. Et il me laisse sur ma faim.

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Le narrateur du roman est David Bell. Il a 28 ans et  travaille pour un grand réseau de télé new-yorkais. Nous passons un certain temps à le voir dans son quotidien au travail, entre des réunions non productives et ses manigances pour se faire bien voir et éviter les licenciements. Il est divorcé de sa femme qu’il voit encore et il mène une vie de célibataire charmeur à la vie sociale bien remplie. Alors qu’il part pour superviser un tournage en Arizona, il s’adjoint la compagnie quelques amis pour faire le trajet dans un minivan. En chemin, ils s’arrêtent dans une petite ville du MidWest où David Bell entreprend avec des acteurs amateurs le tournage d’un film à saveur autobiographique dans laquelle il fait part de ses opinions sur le monde moderne : la publicité, le cinéma, le microcosme branché new-yorkais, l’Amérique profonde, le consumérisme, la contre culture etc. Ce faisant Don DeLillo brosse avec Americana un portrait multifacette des États-Unis. Mais ce périple ne mènera David Bell nulle part. Il ne se rendra pas au tournage en Arizona et fera un détour par le Texas pour finalement revenir dans le giron newyorkais. Americana est l’histoire d’un homme malheureux et anxieux malgré le fait qu’il maîtrise très bien les codes de son milieu social. C’est aussi l’itinéraire d’un loser car il sera viré de son travail et son film ne verra pas vraiment le jour. Comme Don DeLillo le fait dire à David Bell, les gens aiment les histoires de perdants : « Les hommes aiment qu’on leur raconte la défaite, l’échec, l’effondrement, la perdition d’un autre ; cela les rend plus forts. Les femmes ont besoin d’entendre ces histoires d’âmes vaincues parce qu’elles y trouvent l’espoir de découvrir un être solide et malheureux en manque de maternage » (p 289).

Americana m’a laissé une impression étrange. J’y ai vu un collage de scènes et d’idées différentes mais sans forcément un lien ténu voire suggéré. Le roman comporte des moments intéressants de grande lucidité et d’autres moins marquants que j’ai plus ou moins survolés. C’est un récit à intensité variable, un roman à tiroirs avec de nombreuses digressions. Il n’y a pas le côté hypnotique de deux autres livres que j’ai lus de cet écrivain mais ça demeure un roman intéressant. C’est donc une petite déception que je pardonne à Don DeLillo. J’admets que mes attentes étaient élevées. Je vois Americana comme un galop d’essai, un prélude au grandiose Outremonde. Dans ce premier roman, le talent de Don DeLillo est déjà bien présent. Il met le doigt sur des moments fugaces, invite le lecteur dans le parcours onirique de ses personnages et dans leur quotidien bien ancré dans le réel. Il alterne la légèreté avec la profondeur. Et il laisse le lecteur un peu perdu une fois le livre refermé. Quel sens donner à tout ça ?

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8 réflexions au sujet de « Americana, Don DeLillo »

  1. Ce roman porte sur la déstructuration spatio-temporelle des individus. Éxilé sur une île aux larges de l’Afrique en 1999, David Bell ne possède plus que des fragments épars de son existence passée. Tout dans ce roman doit être lu attentivement, et il n’y a pas de passage qui peuvent être « plus ou moins survolés », sinon des indices essentiels restent inaperçus.

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