Falling Man, Don DeLillo

Chose promise, chose due. Voici une autre œuvre de Don DeLillo. Plus exactement son dernier en date. Traduit en français sous le titre L’homme qui tombe, Falling Man d’un roman qui prend comme point de départ les événements du 11 septembre 2001. Don DeLillo est un auteur qui décrit très bien la ville de New-York dans plusieurs de ses livres. Il ne pouvait donc pas ne pas écrire sur les attentats du World Trade Center.

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Nous entrons dans la vie de Keith au moment où il sort de l’une des deux tours peu de temps après que les avions ont frappé le cœur de New-York. Tout n’est que poussière et chaos autour de lui. Il parviendra à rejoindre Lianne, l’épouse dont il est séparé, et leur fils nommé Justin.
Chacun va devoir se remettre des événements, physiquement et émotionnellement, puis les digérer et se créer une nouvelle routine. Quelle trace restera-t il des événements plusieurs années plus tard ?
Le livre se décompose en 3 parties qui portent chacune le nom d’une personne : Bill Lawton, Ernst Hechinger et David Janiak. Même si on progresse dans le récit, chacun de ces chapitres correspond à une thématique en rapport avec le nom de la personne.
Les attentats sont bien sûr un élément central du livre mais le récit ne se limite pas au 11 septembre. C’est la toile de fond de réflexions diverses sur la vie, la famille et les relations entre individus. Il est aussi question rapidement des terroristes dans 3 petits chapitres qui nous font vivre le quotidien et les réflexions de l’un des islamistes impliqués. L’auteur ne donne aucune opinion ni interprétation sur les attentats du 11 septembre 2001, pas plus que sur les motivations des terroristes.

Dans Falling Man, les individus sont seuls, horriblement seuls. La distance entre eux est immense. Ils recherchent des réponses à des questions qu’ils n’arrivent pas toujours à formuler. Chacun tâtonne et se cherche. Le thème de la mémoire est admirablement bien traité. Il est question de la façon dont les différentes personnes se souviennent de ces attentats. Mais il s’agit aussi de la mémoire du corps, pas juste celle des émotions ou de la raison. Et c’est cela qui est admirable avec Don DeLillo, il a une approche globale de la personne. Chacun possède de multiples facettes et ne se résume pas à un seul trait de caractère.

Lire un livre de Don DeLillo, c’est accepter de plonger dans un univers particulier et un mode de pensée déstabilisant. C’est renoncer à avoir des réponses toutes cuites. C’est subtil. On aime ou on n’aime pas mais j’aurais du mal à croire qu’on reste indifférent à Don DeLillo. En ce qui me concerne, je suis fasciné par l’écriture de Don DeLillo. Cet auteur est capable de passer de l’anecdotique au profond en l’espace de quelques mots. Et au final, il dresse un tableau très juste et très fin des personnes. Il offre peu de réponses, juste des silences et des questionnements. Rien ne sonne faux. J’adore.

5 étoiles

Du même auteur : Underworld.

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12 réflexions au sujet de « Falling Man, Don DeLillo »

  1. Bonjour Phil,
    Comme toi je trouve l’écriture de DeLillo absolument fascinante même si elle est assez déstabilisante pour le lecteur qui doit, comme tu dis, accepter de ne pas avoir de réponses toutes cuites – voire pas de réponse du tout ! Mais c’est justement ce qui fait la force de ses livres. Je compte bien poursuivre la découverte de cet auteur avec peut être Outremonde, un livre qui intimide un peu la lectrice que je suis…
    Mon billet sur L’homme qui tombe : http://www.cafebook.fr/index.php/2008/10/lhomme-suspendu/

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  2. Emma : j’aime beaucoup ce que tu as écrit sur l’homme qui tombe sur ton site. Ton compte-rendu est très juste. Je n’ai pas développé l’aspect mémoire mais je trouve que les passages où Lianne mène des ateliers d’écriture avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer sont fantastiques. Ils m’ont paru hors-sujet au premier abord mais il faut savoir lire entre les lignes avec Don DeLillo. Il y aurait tellement à dire sur ce livre. Je pense que les spécialistes de la littérature qui se penchent (ou qui se pencheront) sur le travail de Don DeLillo ont un boulot énorme et passionnant.
    Concernant Outremonde (que j’ai lu dans sa version originale Underworld), je ne peux que te le recommander. Ne te laisse pas intimider par ce pavé qui passe au travers de 50 d’histoire des États-Unis (mais toujours par le biais de parcours individuels). Tu as la chance d’être familière avec DeLillo, donc tu devrais apprécier.

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  3. Je trouve bizarre ces 3 petits chapitres dans la peau d’un islamiste..D’après ce que tu écris de ce livre, je ne trouve pas qu’ils étaient utiles. Qu’en penses-tu ?

    Sinon, tu l’as lu en version anglaise ?

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  4. Sinon oui, pour être spécial, Don Delillo a un style vraiment spécial..mais quelque part, c’est pas plus mal que quelqu’un se démarque tant les auteurs américains se ressemblent tous dans le fait qu’ils sont tous des excellents « raconteurs d’histoire » (je pense à Paul Auster, Jay McInerney, Philip Roth…)..mais qu’ils leurs manquent un petit plus qui fait la Littérature. Et il me semble que Don Delillo a ce petit plus.

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  5. Loïc : oui je l’ai lu en version anglaise. Les chapitres du point de vue d’un des terroristes résonnent différemment dans le livre, en effet. Mais il en ressort que la personne qu’on suit s’est trouvée entraînée par des fanatiques et il ne semble pas en être un lui-même. En tout cas d’après ses opinions et ses actions. Après on peut se poser la question de l’intention de l’auteur derrière tout ça. Les terroristes sont faibles, les terroristes sont des victimes dans une certaine mesure, les terroristes sont stupides… là encore plusieurs interprétations sont possibles.
    Des auteurs que tu cites je n’ai lu que Paul Auster. J’aime bien les livres que j’ai lu de lui mais ça n’a rien à voir avec Don DeLillo qui a un supplément d’âme. Au travers des 2 livres que j’ai lu (Underworld et Falling Man), il touche à quelque chose d’universel dans les personnes et les scènes qu’il décrit. C’est indubitablement le signe d’un grand écrivain. On pourrait aussi ajouter au mythe que le bonhomme est très rare dans les médias et qu’il semble vivre comme un reclus, ne s’exprimant qu’au travers de ses romans.

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