Closing the innovation gap, Judy Estrin

Une fois n’est pas coutume, plongeons-nous dans une lecture reliée au monde des entreprises. Avec Closing the innovation gap, Judy Estrin se penche sur la question de l’innovation technologique. La problématique de ce livre est principalement étatsunienne mais les enseignements sont valables pour d’autres pays.

Judy Estrin ouvre son livre sur un constat. La plupart des outils que nous utilisons quotidiennement aujourd’hui sont le fruit d’innovations nées dans les années 60 et 70. Ordinateurs personnels, ordinateurs portables, internet, téléphones portables, wi-fi etc. Judy Estrin s’inquiète que depuis une vingtaine d’année, il ne semble pas y avoir une nouvelle vague d’avancées dans le domaine de la recherche pour assurer le renouvellement du leadership technologique des Etats-Unis au cours des prochaines décennies.

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Closing the innovation gap dresse la liste des conditions qui assurent un terreau fertile à l’innovation. C’est ce que Judy Estrin appelle l’écosystème de l’innovation.
Mais ce livre est surtout l’occasion de blâmer la vision à court terme qui domine le monde des affaires actuellement. La première à en pâtir est la recherche fondamentale. Celle-ci n’est pas orientée vers une résolution d’un problème spécifique ou la création d’un produit commercialisable. Elle n’est donc pas rentable immédiatement alors que les entreprises recherchent un retour sur investissement dans un délai relativement court. Or, la recherche fondamentale est le point de départ des technologies du futur. Si personne n’investit dedans, les résultats ne seront pas au rendez-vous. Dans les années 60 et 70, à la fois le gouvernement fédéral, les universités américains et les entreprises avaient mis en place des laboratoires de recherche. Aujourd’hui les labos peinent à obtenir les financements nécessaires.

Par ailleurs Judy Estrin met le doigt sur le contexte qui prévaut dans le domaine de la technologie depuis le début des années 2000.
Souvenez-vous : en 2000 éclatait la bulle des dot com. Cet épisode a rendu les entreprises et les venture capitalists dont le rôle est traditionnellement de financer des petites entreprises sont devenus méfiants vis-à-vis des start-ups innovantes.
Autre facteur qui joue contre l’innovation, des faillites retentissantes comme celles de Enron, WorldCom et Arthur Andersen qui ont vu la promulgation de la loi Sarbanes-Oxley (SOX de son petit nom). Celle-ci impose désormais aux entreprises cotées en bourse de fournir un état des lieux très précis de leurs engagements financiers. L’objectif louable de cette loi est de protéger les actionnaires contre des dirigeants qui prennent des libertés avec les règles comptables en vigueur. Or le respect de cette loi est coûteux pour les entreprises et mobilise des ressources qui auraient été autrement plus utiles si employées à la recherche d’innovations. Deuxième effet pervers de cette loi, elle retarde l’entrée en bourse de petites entreprises qui doivent satisfaire à des exigences réglementaires supplémentaires. Or sans entrée en bourse, pas d’accès à du capital pour poursuivre le développement de l’entreprise.
Enfin le troisième événement qui est néfaste pour l’innovation est le 11 septembre 2001 suivi de la promulgation du Patriot Act. En vertu de celui-ci, si la recherche fondamentale peut avoir une application militaire, un certain degré de confidentialité doit être respecté. Les chercheurs ne peuvent pas communiquer sur les avancées de leurs recherches. Or Judy Estrin précise que le monde académique a besoin d’échanger sur les sujets de recherches pour progresser. Enfin le Patriot Act a comme conséquence d’exclure de certains projets potentiellement sensibles des chercheurs étrangers. C’est autant de cerveaux brillants qui ne travaillent pas pour faire avancer la technologie.

La deuxième partie du livre un peu moins intéressante car le contexte est propre aux Etats-Unis. Judy Estrin suggère quelques pistes de réflexion et d’action. Mais cela suppose une certaine connaissance du système éducatif américain et des relations entre les gouvernements et les entreprises.

Tout au long du livre, l’auteur émaille son propos d’exemples concrets et de citations de dirigeants d’entreprises comme Google, Microsoft, Xerox, GE, FedEx et autres.

Closing the innovation gap est un vigoureux plaidoyer en faveur de l’innovation. Judy Estrin propose un angle de réflexion qui remet en cause pas mal de pratiques actuelles des entreprises. Elle préconise de faire de l’innovation une priorité à la fois au niveau du gouvernement, du système éducatif et des entreprises américaine. Pour elle, il est essentiel de renouer avec l’état d’esprit qui a fait la force des Etats-Unis : la prise de risque et l’entrepreneuriat. C’est un élément vital pour le leadership économique américain.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aller visiter le site que Judy Estrin consacre à l’innovation (en anglais seulement).

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