Waiter Rant, Steve Dublanica

L’histoire de Waiter Rant a commencé sur internet. Il y a 4 ans, un serveur avec du temps libre et un certain talent pour l’écriture a lancé un blogue pour livrer des récits et des anecdotes sur son milieu de travail. Et il s’en passe des choses dans un restaurant ! De fil en aiguille, l’audience de son blogue a crû. Ce qui devait arriver arriva : un agent littéraire s’est proposé pour le représenter auprès des maisons d’édition. C’est ainsi qu’a vu le jour il y a quelques mois Waiter Rant, le livre. Une trajectoire qui n’est pas sans rappeler celle de Pierre-Léon Lalonde et Caroline Allard, deux blogueurs québécois qui ont vu leurs écrits virtuels se matérialiser sur le papier.

waiter-rant

Steve Dublanica raconte comment il est devenu serveur sur le tard, à l’âge de 31 ans. Après avoir été tenté par la prêtrise et avoir travaillé dans le domaine médical, il a encaissé plusieurs coups durs personnels et professionnels qui l’ont conduit vers la dépression. Son frère, alors lui-même serveur, lui a proposé de se joindre au monde de la restauration en attendant qu’il retombe sur ses pattes. Sept ans plus tard, Steve Dublanica est toujours serveur et travaille dans un restaurant qu’il nomme The Bistro. C’est la toile de fond de ses chroniques. Il nous fait vivre son quotidien fait de clients emmerdants qui se prennent pour les rois du monde, des relations tendues entre les serveurs et le personnel en cuisine, avec un propriétaire de resto hyper parano et control freak. Sans parler du manager qui rackette ses serveurs et des employés tire au flanc et drogués.
S’il est un sujet que Steve Dublanica affectionne particulièrement c’est la question des pourboires et des clients qui n’en donnent pas. Pour mes lecteurs européens, il est bon de préciser qu’en Amérique du Nord, les serveurs ont un salaire inférieur au salaire minimum. Cela est possible car on considère que les pourboires donnés par les clients constituent pour eux un complément de revenu confortable. Or avec le temps, le pourboire est devenu leur source principale de revenu. Donc un client qui ne donne pas de tip porte un préjudice financier au serveur. C’est comme s’il travaillait pour rien. En tant que client, vous saurez que la norme pour le pourboire est entre 15 et 20 % du montant qui vous est facturé.

Waiter Rant est sous titré les confessions d’un serveur cynique. Plutôt que cynique, je trouve que Steve Dublanica est un bon observateur du genre humain et qu’il est doué d’une plume efficace pour partager ses coups de gueule et ses coups de coeur. C’est aussi une personne très lucide, consciente de ses défauts. Avec ce livre, il nous en apprend presque plus sur lui que sur le monde de la restauration. Au-delà de leur trajectoire littéraire commune, je suis tenté de dresser un parallèle avec Pierre-Léon Lalonde, le chauffeur de taxi le plus connu de Montréal. Tous deux ont une vie majoritairement nocturne. De par leurs métiers, ils croisent plus de gens en une soirée que vous et moi en une semaine. Et surtout ils connaissent bien leurs semblables, dans leurs mauvais côtés comme dans leurs bons. Ce sont de bons observateurs du genre humain qui ont un talent certain pour emmener le lecteur dans leur quotidien.

Aujourd’hui, Steve Dublanica ne travaille plus comme serveur. Il s’est lancé dans une carrière d’écrivain suite au succès du présent livre qui s’est trouvé rapidement dans la liste des best sellers du New-York Times et qui lui a valu un passage dans la populaire émission de télé d’Oprah Winfrey. Un beau parcours qui devrait désormais lui permettre de fréquenter les bons restaurants comme client cette fois-ci. Espérons qu’il n’oublie pas de laisser un bon pourboire !

5 étoiles

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8 réflexions au sujet de « Waiter Rant, Steve Dublanica »

  1. Mes excuses pour mon excès d’enthousiasme mais oui je le veux euh….ce roman Loll. (Sirop est un patois que j’utilse malheureusement à toutes les sauces… ah je suis incorrigible).
    Au plaisir

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  2. Il me donne vraiment envie ce livre ! (et voilà,encore une virée hebdo chez le libraire du coin).
    J’en profite pour féliciter Phil. Ce blog est une petite perle d’inspiration quand je suis en manque de lectures. La note sur Faulkner (et la discussion qui l’a suivie) m’ont assez bien aidée dans ma lecture (car bien sûr, j’ai poussé le vice à le lire..en anglais.). Enfin bref,encore bravo!
    Veee

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  3. Veee : merci beaucoup. Pour Faulkner, c’est surtout les commentaires qui sont à lire, ils rendent la discussion intéressante. Je te renvoie aussi à la note sur Glamorama qui suscite des commentaires très intéressants.

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