Soifs, Marie-Claire Blais

Continuons notre découverte de la littérature québécoise avec une pointure : Marie-Claire Blais. J’ai choisi Soifs, un roman qu’elle a écrit à la fin des années 90. Ce n’est pas un ouvrage facile à aborder. Les personnages qui se croisent, leurs histoires entrelacées et la forme particulière de la narration sont autant de difficultés pour le lecteur non averti.

Soifs, Marie-Claire Blais

Le récit se passe sur une île au climat chaud, dans les Caraïbes. Voici quelques-uns des personnages qu’on va retrouver dans Soifs.
Renata, avocate et femme d’un juge, y est en convalescence. C’est une femme progressiste dans sa conception de la justice, ses opinions sont régulièrement en contradiction avec les jugements sévères que rend son mari.
Le pasteur Jérémy et sa famille vivent dans un quartier pauvre de la ville, ses enfants sont des délinquants alors que lui-même est très occupé par son ministère.
Mélanie est la nièce de Renata. Elle a trois enfants pour qui elle a mis entre parenthèses sa carrière politique, au grand dam de sa mère. Celle-ci est lapidaire sur les choix de vie de sa fille et sur ses goûts en matière de décoration intérieure. Cette mère ne peut s’empêcher de mettre en perspective sa vie et celle de sa famille juive d’Europe de l’Est qui a péri à Treblinka pendant la seconde guerre mondiale. Adrien est le mari de Mélanie. C’est un écrivain qui a déjà publié un livre qui a connu du succès et il travaille à la rédaction de son prochain ouvrage.
Jacques est un universitaire spécialiste de la vie et de l’œuvre de Kafka. C’est aussi un mélomane averti et un homosexuel qui s’éteint suite à une maladie dont on ne nous dit rien mais qu’on devine être le SIDA.
En fait c’est ça, en tant que lecteur on est soumis à un déluge de mots, de descriptions, de pensées, de dialogues, on découvre les multiples facettes des personnages mais sans finalement en savoir vraiment beaucoup sur eux. On devine, on entrevoit. Mais on ne sait pas.

Soifs se déroule sous un climat tropical mais on est loin de l’ambiance des vacances. Le temps est lourd et humide. La maladie, la violence et la peur sont des thèmes qui reviennent régulièrement. À travers les dialogues et les pensées des personnages, Marie-Claire Blais aborde plusieurs sujets d’actualité et suscite des réflexions profondes sur le monde qui nous entoure, ses moments de beauté et ses injustices. Mais là aussi il faut lire entre les lignes. Rien ne nous sera livré tout cuit dans le bec.

Sur le plan de la forme, Soifs est déroutant. Marie-Claire Blais joue avec les codes de la narration. Le texte se présente comme un paragraphe unique d’un bout à l’autre du livre. Il n’y a aucun retour chariot. Les phrases sont le plus souvent séparées par des virgules, il y a très peu de points. On va et vient d’un personnage à l’autre sans avertissement, ce qui peut être assez déstabilisant. Après quelques hésitations, je m’y suis fait et je me suis laisser emporter, à la dérive comme sur un bateau, au gré des vagues.

Soifs est une sorte de tourbillon, une mosaïque qui flirte souvent avec la poésie. Ce livre m’a rapidement fait penser à des films du genre de Magnolia, Babel ou Crash (je pense que ce sont les plus connus du genre) où on suit plusieurs personnages qui finiront par se croiser.

Soifs aura été pour moi une expérience de lecture intéressante.  Je n’ai pas tout compris mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier cet ouvrage. Petit à petit, je m’ouvre à une forme de littérature que je ne connaissais pas. J’ai retrouvé un peu de ce que j’avais ressenti en lisant le bruit et la fureur de Faulkner et dans une moindre mesure Kamouraska d’Anne Hébert.

Je suis à la recherche de recommandations d’autres titres de Marie-Claire Blais. Toute suggestion est la bienvenue.

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9 réflexions au sujet de « Soifs, Marie-Claire Blais »

  1. @ Sblabla : ne sois pas gênée. Moi ça ne me gêne pas de l’écrire. C’est intentionnel de la part de Marie-Claire Blais de ne pas tout dévoiler de ses personnages. Elle ne laisse au lecteur que quelques bribes, des pensées fugaces, des impressions, des états d’âmes (t’écris pas un peu comme ça toi d’ailleurs ?).
    Un peu comme ces films qui n’ont pas de « vraie » fin ou ces œuvres d’art contemporains qu’on trouve belles alors qu’elles ne nous évoquent rien de spécial.
    Alors je l’admets, je n’ai pas tout compris. Il n’y avait sans doute rien de spécial à comprendre là-dedans, juste se laisser porter par les mots. Et réfléchir en même temps aux situations qui nous sont présentées tout en refusant d’en détenir la clef.
    C’est le printemps, je mûris.

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  2. Soifs est une lecture ardue et assez complexe, ne serait-ce que par la forme déroutante et la ponctuation inhabituelle. Si tu te sens d’attaque, tu peux aussi lire Le sourd dans la ville de Marie-Claire Blais.

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