Le nœud de vipères est le premier livre de François Mauriac que je lis. Curieusement, je suis passé à travers toute ma scolarité sans étudier une seule de ses œuvres ou un seul de ses textes alors qu’il me semble que c’est un auteur français majeur. Alors que François Mauriac peut avoir une image un peu poussiéreuse avec une étiquette d’écrivain catholique, je n’ai lu que de bonnes choses à son propos sur certains blogs littéraires, ce qui m’a incité à me jeter à l’eau. Au moment de choisir un de ses livres sur les rayons de ma bibliothèque de quartier, j’ai fait confiance au petit pictogramme indiquant que le nœud de vipères était un coup de cœur des bibliothécaires. C’est bête, mais ça marche.

Louis a 68 ans. Il entreprend l’écriture d’une lettre à sa femme Isabelle pour lui expliquer pourquoi il a failli la déshériter ainsi que leurs enfants et pourquoi il éprouve une haine tenace envers ses proches. Persuadé que son épouse, ses enfants et ses petits-enfants attendent impatiemment sa mort pour toucher leur héritage et se livrer à une véritable curée, il décrit le désir de vengeance qui l’anime. Le nœud de vipères est la longue lettre d’un homme qui, sentant la mort approcher, couche sur le papier les sentiments qui l’ont animé tout au long de sa vie. Louis a vécu une enfance relativement triste et solitaire. Il a compris assez tôt que sa femme l’avait épousé pour son argent, elle qui venait d’une famille désargentée de la noblesse française. Il ne fut que son second choix.
Ce livre de François Mauriac est le récit d’un homme meurtri et profondément déçu, que les machinations de ses proches pour s’emparer de son argent ont rendu amer sur la nature humaine. Ses enfants n’entreprennent-ils pas des manœuvres pour le faire interner ? Ce nœud de vipères dont parle Louis est-il son cœur rempli de rancune ou est-ce cette famille manipulatrice ?

Le nœud de vipères aurait pu être un livre fielleux et peu agréable à lire en raison de la rancœur qu’éprouve Louis. Or c’est un plaisir de suivre le narrateur dans son récit. Au fur et à mesure du livre, Louis révèle des facettes multiples, bien loin de l’homme vengeur du début du roman. Il y a une véritable progression au fil du roman où les masques finissent par tomber. Il sera notamment question de richesse, d’adultère, de laïcité et d’une pratique hypocrite de la religion. On se posera aussi la question de la maladie : on n’a que le point de vue de l’auteur de la lettre, s’agit-il de la vérité ou d’un délire paranoïaque ? Publié dans les années 1930, le livre nous éclaire aussi sur les mœurs de la France de province au début du siècle dernier.

Le nœud de vipères est une œuvre qui montre de la part de son auteur une grande maîtrise de la langue française et de l’écriture. J’ai particulièrement apprécié la précision dans le choix des mots pour rendre compte d’états d’esprit très variés et pour décrire l’ambiance détestable au sein de cette famille.

Du même auteur : Thérèse Desqueyroux.



13 Responses to “Le noeud de vipères, François Mauriac”  

  1. Ah, que de souvenirs ! J’ai lu ce bouquin, même pas dans la vingtaine. Avant. C’est dire combien ça remue ce que j’ai l’impression d’être une autre vie.

    J’avais vraiment beaucoup aimé. Ce que vous en dites, je le reçois comme du “tout-neuf” avec une impression de déjà vu … euh, déjà lu.

    Merci pour ce plongeon dans le passé.

  2. François Mauriac fait malheureusement partie des auteurs que je n’ai toujours pas lus.

    Mais avec ton billet, ça me donne franchement le goût de le lire! Je mets ça dans mes signets :)

  3. @ Venise : je te rassure, le propos n’a pas vraiment vieilli. C’est toujours d’actualité. À relire, peut-être ?
    @ Noisette : moi aussi quand je vois le nombre d’auteurs que je n’ai pas lus, je prends peur. Mais je me cultive tranquillement. Le nœud de vipère m’a donné envie de lire d’autres livres de Mauriac comme Génitrix ou Thérèse Desqueyroux.

  4. Un auteur que je n’ai jamais lu non plus mais je ne saurai tarder grâce à ton commentaire. Merci

  5. @ Suzanne : de rien !

  6. 6 salmon

    salut en ce moment j’étudie le noeud de vipère. mais j’ai pas compris grand chose. De plus ma professeur de français nous a demandé de faire un dossier sur le thème :”les enfants” biensur ce thème doit etre étudié en rapport avec le livre. Pourriez vous m’aider en m’expliquant les relassion entre Louis et ses enfants ainis que l’importance des enfants pour l’histoire de l’oeuvre. Merci en espérant que vous pourrez m’aider voici mon adresse: hista@wanadoo.fr attention il faut préciser la raison de l’envoie. Sinon je met à la poubelle de crainte d’avoir un virus sur mon ordinateur. Voici un objet idéal:”pour benoit, pour son travail en français” .

    Encore une fois merci.

  7. @ salmon : bien essayé mais je ne rends pas ce genre de service. Je vous conseille de (re)lire le livre pour mieux le comprendre et de livrer votre propre analyse. Je suis sûr que vous aurez un sentiment d’accomplissement en fournissant ce travail vous même ;-)

  8. Mwahahahahaha, comme on dit, un gars s’essaie! :-P

  9. @ noisette : internet, c’est magique. Les gens font ton travail pour toi, juste pour le plaisir en plus.

  10. N’oublie pas” le sagouin”, un texte court qui m’avait beaucoup plu et marquée, quand on me faisait lire Mauriac:)

  11. 11 Phil

    Sylvie : c’est noté ! Merci.

  12. 12 anouck

    Alors, lus Thérèse Desqueyroux et Genitrix? Quelle impression?


  1. 1 François Mauriac: “Nudo de Víboras”.- « La Audacia de Aquiles

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