5 mai 2008

Substance Mort, Philip K. Dick

Je connaissais Philip K. Dick de nom sans avoir lu aucun de ses livres. C’est un auteur prolifique dont plusieurs œuvres ont été adaptées au cinéma comme Total Recall, Blade Runner, Minority Report ou encore Paycheck. Substance Mort a lui aussi fait l’objet d’un film avec Keanu Reeves, Woody Harrelson, Winona Ryder et Robert Downey Jr. Je n’en n’avais pas entendu parler avant de lire le livre. C’est apparemment un film style animation sorti sous le nom A scanner darkly en 2006.

Revenons au livre. Fred est un policier de la brigade des stups qui vit en Californie. Comme tous les membres de son unité, il travaille incognito grâce à un costume spécial, le complet brouillé, qui dissimule sa véritable identité auprès de ses collègues. Pourquoi tant de méfiance au sein du corps policier ? A cause des taupes qui pourraient révéler son identité lorsqu’il est sur le terrain. Son supérieur le convoque dans son bureau pour lui demande d’enquêter sur un certain Bob Arctor, un toxicomane soupçonné de trafiquer la drogue la plus populaire du moment, la substance Mort. Or Bob Arctor et Fred sont la même personne ! Arctor est en fait l’identité de Fred lorsqu’il ne porte pas son complet brouillé et qu’il essaie d’infiltrer les réseaux de distribution de drogue dans la ville d’Anaheim. Fred se demande donc comment il va pouvoir gérer la situation. C’est le début d’une spirale qui le verra passer d’une identité à l’autre au fil de son enquête. Son cerveau va se troubler face à la difficulté de la tâche et aussi sous l’effet de la substance Mort dont il est devenu dépendant.

Le livre ne contient pas tellement d’action. C’est un récit très intérieur qui suit les doutes et les hésitations du personnage central. Nous sommes plongés au cœur de la schizophrénie de Fred/Bob Arctor. Bien sûr, tout l’édifice mis en place par Philip K. Dick ne tient que si on accepte la prémisse du complet brouillé qui cache la véritable identité de Fred à ses collègues. Sinon il est bien évident que l’enquête n’aurait pas lieu.

Si Philip K. Dick est reconnu comme un auteur de science fiction, Substance Mort n’est pas pour moi de la science fiction à proprement parler. L’accent n’est pas mis sur la technologie et la science mais plutôt sur l’univers de la drogue et sur le vécu intérieur du personnage principal et ses relations avec ses amis et ses collègues. Substance Mort décrit une société sombre où les toxicomanes sont traqués sans pitié, envoyés dans des centres de traitement où ils subissent un sevrage de force et où on leur attribue une nouvelle identité.

Substance Mort est un livre qui prend position contre la drogue et ses abus. L’auteur dédie le livre à ses amis décédés d’avoir pris trop de drogue. Il souligne que ces personnes ont payé un prix très fort pour avoir voulu juste s’amuser. Se droguer aura été une erreur pour ses amis. C’est la seule morale du livre.

2 mai 2008

Marie-Claire Blais : entrevue à Radio-Canada

Je vous avais parlé de Marie-Claire Blais à l’occasion de ma lecture de Soifs.

Habituellement rare dans les medias, elle a dernièrement accordé une entrevue à Michel Desautels sur Radio Canada à l’occasion de la sortie de son dernier livre : Naissance de Rebecca à l’ère des tourments.

Elle y parle  de ses personnages, dont certains déjà présents dans Soifs. Elle révèle quelques informations sur sa démarche de romancière et elle répond aux questions sur son style particulier, notamment l’absence de ponctuation qui caractérise ses œuvres.

28 avril 2008

Gens de Dublin, James Joyce

Il s’agit pour moi d’une première expérience avec James Joyce. Il a produit de nombreux ouvrages autrement plus considérables que celui-ci mais d’après ce que j’ai compris, Gens de Dublin est peut-être le plus accessible. Une bonne manière d’entrer dans le monde de cet écrivain. A noter que selon les éditions, il est intitulé Dublinois ou Gens de Dublin.

Gens de Dublin

À travers quinze nouvelles, James Joyce nous plonge dans le Dublin du début du XXème siècle. On y côtoie des gens d’origines sociales variées et de fortunes diverses qui ont pour point commun d’évoluer dans la capitale irlandaise. James Joyce décrit minutieusement le quotidien de ses personnages. Pas de jugement dans ses descriptions. On est là dans une écriture de type réaliste, qui rend compte d’actions et de dialogues. James Joyce aborde ainsi des thèmes variés comme la famille, les relations hommes/femmes, l’alcoolisme, la politique avec l’opposition entre nationalistes et loyalistes et la religion bien sûr avec la cohabitation plus ou moins cordiale entre catholiques et protestants. On suit les personnages dans leur travail et dans leurs loisirs. C’est une véritable galerie de portraits de ces gens de Dublin.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Au début de chaque texte, le lecteur se trouve rapidement pris dans un univers particulier. James Joyce possède une plume alerte et accrocheuse. De fait qu’à la fin de chaque nouvelle, j’avais envie de lire la suivante. La lecture de Gens de Dublin aura été un véritable plaisir.

À noter que Gens de Dublin n’est pas une carte postale de Dublin et de l’Irlande. Le livre est exempt des clichés qui viennent volontiers quand il est question de l’Irlande : trèfle, couleur verte, rouquins buveurs de Guinness et tout cette pseudo tradition qu’on nous ressort à la Saint-Patrick. On croise certes plusieurs hommes dans des pubs avec une bonne stout à la main mais on ne verse jamais dans le folklore outrancier.

20 avril 2008

L’avalée des avalés, Réjean Ducharme

Voilà un livre avec lequel je n’ai pas du tout accroché. J’en avais entendu parler comme d’un classique de la littérature québécoise. J’ai abandonné la lecture de l’avalée des avalés en cours de route.

L\'avalée des avalés

Bérénice, la narratrice du roman, est la fille de la famille Einsberg qui vit sur une île qu’on suppose être sur le fleuve Saint-Laurent. C’est une famille assez particulière comme on le découvre au fil des pages. Les parents se sont répartis l’éducation de leurs enfants. Le fils aîné Christian sera catholique comme sa mère. Bérénice, elle, sera juive comme son père, le triste Einsberg qu’elle ne porte pas dans son cœur. En fait personne dans cette famille ne paraît aimer les autres.

Et de fait le ton du roman est assez noir. Le point de vue de Bérénice est donné à travers des phrases courtes, lapidaires, qui claquent. Cette enfant respire le mal être par tous les pores. Elle hait ses parents et son frère, ne rêve que de vengeance et de les contrôler.

Après 100 pages sur les 400 que compte ce roman, j’ai dit stop. La faute à quoi ? D’abord à une certaine lassitude vis-à-vis du style de Réjean Ducharme et du ton du livre. Le rythme lui-même n’a pas retenu mon attention. J’ai trouvé le tout plutôt déprimant malgré une idée de départ qui m’avait plue. Dommage.

1 avril 2008

Qui a raison ? Joseph Facal, André Pratte

Une fois n’est pas coutume, j’ai succombé à la promo d’un livre et je suis allé l’acheter le lendemain de sa sortie. Qui a raison ? est un livre où s’affrontent deux personnalités sur la question de la souveraineté du Québec.

Pourquoi ce livre m’a intéressé ? Tout simplement parce que j’ai le droit de vote depuis quelques semaines et qu’advenant une élection, il faudra choisir pour qui voter. Or les partis politiques du Québec ne sont pas forcément opposés selon un clivage gauche/droite comme c’est souvent le cas ailleurs mais selon le clivage souverainiste/fédéraliste. La question constitutionnelle est au Québec toujours d’actualité. Les deux référendums de 1980 et 1995 ont vu les Québécois choisir de rester membres de la confédération canadienne. Mais le débat est récurrent.

Joseph Facal est un ancien ministre du gouvernement du Québec et membre du Parti Québécois, le parti souverainiste du Québec. Depuis qu’il s’est retiré (temporairement ?) de la vie politique, il est devenu, entre autres, chroniqueur au Journal de Montréal, un journal en faveur d’un Québec indépendant. André Pratte est éditorialiste pour le journal concurrent, la Presse, ouvertement fédéraliste, c’est-à-dire partisan d’un Québec province au sein de la fédération canadienne.

 

Qui a raison ?

 

Ces deux personnalités ont échangé des lettres pendant 6 mois l’année dernière, chacun essayant de trouver les bons arguments pour convaincre l’autre de la validité de son point de vue. Joseph Facal et André Pratte ont tous les deux à cœur l’avenir du Québec mais ne sont pas d’accord sur les modalités de mise en œuvre. Ce sont ces lettres qui sont publiées dans Qui a raison ?

Au fur et à mesure de leurs échanges, ils reparlent des référendums sur la souveraineté de 1980 et 1995 et rappellent les grandes lignes des débats constitutionnels passés. Le thème de l’identité québécoise revient régulièrement dans leurs échanges : quelle est la place du Québec dans le Canada actuel ? Les Québécois sont-ils une minorité comme les autres au sein du Canada ? Quelle est la place de l’immigration dans la société québécoise ? Comment assurer la pérennité de la langue française au Québec ?
Joseph Facal et André Pratte reviennent bien sûr sur les débats entourant les accommodements raisonnables et sur la commission Bouchard-Taylor qui a tant fait couler d’encre au cours des derniers mois. C’est aussi l’occasion pour eux de débattre de la pertinence de la Charte canadienne des droits et liberté versus la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.
Les deux auteurs débattent également des décisions des hommes politiques passés et actuels : Trudeau, Chrétien, Harper, Charest, Dumont etc.
La joute que Joseph Facal et André Pratte se livrent est cordiale, sur fond de hockey, de soccer et d’amitiés canines. Leur opposition est ferme, avec parfois un soupçon de mauvaise foi, mais le tout reste correct.

Alors qui a raison ? C’est bien difficile de le dire. En ce qui me concerne, j’ai refermé le livre comme je l’ai ouvert, sans avoir une opinion tranchée sur le sujet. Je suis sensible à certains arguments souverainistes mais au final je rejoins André Pratte quand il dit que le fardeau de la preuve doit revenir aux souverainistes. Ce livre a le mérite d’offrir une bonne synthèse des principaux arguments de chaque camp. Notons tout de même que Joseph Facal et André Pratte s’accordent finalement sur les priorités politiques et économiques pour faire du Québec une meilleure société. Alors à mon tour de poser une question : le débat sur la souveraineté est-il suranné ?

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31 mars 2008

Palmarès de mars

En mars, les 3 articles les plus lus de ce blog ont été :

- Stupeur et tremblements, Amélie Nothomb
- Madame Bovary, Gustave Flaubert
- Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière

20 mars 2008

Soifs, Marie-Claire Blais

Continuons notre découverte de la littérature québécoise avec une pointure : Marie-Claire Blais. J’ai choisi Soifs, un roman qu’elle a écrit à la fin des années 90. Ce n’est pas un ouvrage facile à aborder. Les personnages qui se croisent, leurs histoires entrelacées et la forme particulière de la narration sont autant de difficultés pour le lecteur non averti.

Soifs, Marie-Claire Blais

Le récit se passe sur une île au climat chaud, dans les Caraïbes. Voici quelques-uns des personnages qu’on va retrouver dans Soifs.
Renata, avocate et femme d’un juge, y est en convalescence. C’est une femme progressiste dans sa conception de la justice, ses opinions sont régulièrement en contradiction avec les jugements sévères que rend son mari.
Le pasteur Jérémy et sa famille vivent dans un quartier pauvre de la ville, ses enfants sont des délinquants alors que lui-même est très occupé par son ministère.
Mélanie est la nièce de Renata. Elle a trois enfants pour qui elle a mis entre parenthèses sa carrière politique, au grand dam de sa mère. Celle-ci est lapidaire sur les choix de vie de sa fille et sur ses goûts en matière de décoration intérieure. Cette mère ne peut s’empêcher de mettre en perspective sa vie et celle de sa famille juive d’Europe de l’Est qui a péri à Treblinka pendant la seconde guerre mondiale. Adrien est le mari de Mélanie. C’est un écrivain qui a déjà publié un livre qui a connu du succès et il travaille à la rédaction de son prochain ouvrage.
Jacques est un universitaire spécialiste de la vie et de l’œuvre de Kafka. C’est aussi un mélomane averti et un homosexuel qui s’éteint suite à une maladie dont on ne nous dit rien mais qu’on devine être le SIDA.
En fait c’est ça, en tant que lecteur on est soumis à un déluge de mots, de descriptions, de pensées, de dialogues, on découvre les multiples facettes des personnages mais sans finalement en savoir vraiment beaucoup sur eux. On devine, on entrevoit. Mais on ne sait pas.

Soifs se déroule sous un climat tropical mais on est loin de l’ambiance des vacances. Le temps est lourd et humide. La maladie, la violence et la peur sont des thèmes qui reviennent régulièrement. À travers les dialogues et les pensées des personnages, Marie-Claire Blais aborde plusieurs sujets d’actualité et suscite des réflexions profondes sur le monde qui nous entoure, ses moments de beauté et ses injustices. Mais là aussi il faut lire entre les lignes. Rien ne nous sera livré tout cuit dans le bec.

Sur le plan de la forme, Soifs est déroutant. Marie-Claire Blais joue avec les codes de la narration. Le texte se présente comme un paragraphe unique d’un bout à l’autre du livre. Il n’y a aucun retour chariot. Les phrases sont le plus souvent séparées par des virgules, il y a très peu de points. On va et vient d’un personnage à l’autre sans avertissement, ce qui peut être assez déstabilisant. Après quelques hésitations, je m’y suis fait et je me suis laisser emporter, à la dérive comme sur un bateau, au gré des vagues.

Soifs est une sorte de tourbillon, une mosaïque qui flirte souvent avec la poésie. Ce livre m’a rapidement fait penser à des films du genre de Magnolia, Babel ou Crash (je pense que ce sont les plus connus du genre) où on suit plusieurs personnages qui finiront par se croiser.

Soifs aura été pour moi une expérience de lecture intéressante.  Je n’ai pas tout compris mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier cet ouvrage. Petit à petit, je m’ouvre à une forme de littérature que je ne connaissais pas. J’ai retrouvé un peu de ce que j’avais ressenti en lisant le bruit et la fureur de Faulkner et dans une moindre mesure Kamouraska d’Anne Hébert.

Je suis à la recherche de recommandations d’autres titres de Marie-Claire Blais. Toute suggestion est la bienvenue.

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13 mars 2008

Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière

Dany Laferrière est un écrivain québécois né en Haïti. C’est quelqu’un que j’aime bien. Je tombe régulièrement sur sa chronique dans le journal La Presse et il intervient de temps en temps à la radio. Je le trouve toujours très articulé dans ses raisonnements et son écriture est très riche et loin d’être monotone.

J’ai retrouvé cette musicalité dans le premier roman qu’il a publié : comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, dans lequel il nous décrit le Montréal des années 80, plus précisément le quartier de la rue Saint-Denis aux abords du carré Saint-Louis. Ces chroniques sont celles de deux noirs qui passent un été chaud et humide comme Montréal sait bien les faire dans un 1 ½ vétuste.

 

Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer

Le narrateur est connu seulement sous le surnom que lui donne son colocataire, à savoir Vieux. Le colocataire en question s’appelle Bouba. C’est un sage qui dort beaucoup, médite toute la journée, boit du thé et lit le Coran. Ensemble, ils écoutent du jazz, devisent et débattent sur le monde alors que le narrateur s’acharne sur son premier roman si difficile à écrire et lit Bukowski, Miller, Mishima, Hemingway, Proust entre autres.

À travers ses chroniques de la vie montréalaise, il conte au lecteur ses aventures avec les filles, toutes de race blanche. Celle qui tient une plus grande place est surnommée Miz Littérature, elle étudie la littérature à l’université McGill et vit dans le quartier cossu d’Outremont. Elle forme avec le narrateur un couple improbable étant donné leurs origines très différentes. Chaque fille a un petit surnom, on croisera donc Miz Suicide, Miz Sophisticated Lady, Miz Punk, Miz Snob, Miz Chat et j’en oublie sans doute.

Dany Laferrière prend un malin plaisir à parler du cocktail explosif que constitue le sexe entre une fille blanche et un homme noir. Il revisite le débat racial et l’Histoire entre les noirs et les blancs à travers le sexe et les relations entre un homme noir et une femme blanche.

Le roman est court (150 pages), le ton est léger mais ce livre est plus profond qu’il paraît.

Pour les curieuses, la réponse à la question titre n’est jamais donnée…

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8 mars 2008

Rien de grave, Justine Lévy

Rien de grave est une autofiction par Justine Lévy. Rien de grave c’est elle qui le dit parce qu’elle cumule pas mal de problèmes comme elle le montre à travers son héroïne qui s’appelle Louise Lévy.

Rien de grave

 

 

Le roman s’ouvre sur l’enterrement de sa grand-mère dont Louise était très proche. Louise est une écrivaine qui a pour papa un certain BHL. Son mari s’appelle Adrien et l’a quittée pour se mettre en couple avec la copine de son père (à lui). Ça ne vous dit rien ? Cette voleuse de mari s’appelle Paula dans le roman mais son vrai nom dans la vie est Carla Bruni et Adrien s’appelle en fait Raphaël. Et oui c’est lui le fameux Raphaël, 4 consonnes et 3 voyelles, chanté par celle qui deviendra Mme Sarkozy. Donc Justine/Louise se retrouve abandonnée parce que son mari a piqué la copine de son paternel. Pour ajouter un peu au mélodrame, cette histoire lui arrive juste après qu’elle se soit sortie d’une grave dépendance aux amphétamines (couplés avec des somnifères pour retrouver le sommeil). Et tout au long de cette période sombre, elle repensera à sa relation bancale avec Adrien et en particulier à cet épisode douloureux où elle avorte à 5 mois de grossesse, en partie pour faire plaisir à son mari qui est trop occupé à passer l’agrèg (qu’il loupera finalement). L’arrivée dans sa vie d’un certain Pablo parviendra t-elle à lui faire entrevoir de meilleurs jours ?

Rien de grave, on veut bien mais ça fait quand même pas mal de choses pour une personne.

J’ai été surpris par le ton du roman qui aurait pu être beaucoup plus violent. La narratrice ne règle pas ses comptes mais se raconte plutôt pour tirer un trait sur son passé. Rien de grave est un roman thérapeutique. On espère que Justine Lévy va mieux aujourd’hui.

Mais au niveau littéraire, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ça se lit et il y a quelques formules bien senties ça et là mais on ne criera pas au génie. J’ai déjà lu des choses aussi bien sinon mieux écrites sur des blogs (ok surtout des blogs de filles mais c’est normal, les filles racontent mieux leurs émotions que les garçons). Rien de grave est un livre qui va vous faire passer le temps.

2 étoiles

4 mars 2008

Histoire de l’Amérique française, Cécile Vidal et Gilles Havard

J’avais déjà évoqué mon intérêt pour l’Amérique française dans mon compte rendu du livre de Pierre Berthiaume sur Cavelier de la Salle. J’ai voulu pousser plus loin avec cette Histoire de l’Amérique Française de Cécile Vidal et Gilles Havard. Je n’ai pas été déçu. J’ai même carrément été emballé à la lecture de ce livre.

Principale qualité, il se lit très bien. Il n’est pas ennuyeux pour un sou malgré ses 700 pages. En fait les auteurs ont su équilibrer l’évocation des grands thèmes, les faits, les chiffres ainsi que de nombreuses anecdotes pour illustrer leurs propos. Le sujet aurait pu être traité de manière plus aride mais ce n’est pas le cas ici. C’est un livre convivial sans longueurs.
Ensuite je suis très impressionné par le travail fourni pour colliger toutes ces informations et en faire une synthèse de référence. Chaque citation, chaque chiffre, chaque opinion est étayé par une référence à un auteur et à un document. La somme des notes en fin d’ouvrage est impressionnante et fournit de nombreuses pistes de lectures pour ceux qui veulent aller plus loin dans le sujet.
Enfin ce livre dresse un portrait tout en nuance de l’Amérique française, loin des mythes et des images d’Épinal.

 

Histoire de l’Amérique française

Comment est organisé le livre ? Les premiers chapitres présentent la découverte et l’implantation française en Amérique du Nord et en particulier sur 3 territoires : l’Acadie avec Terre-Neuve et l’île Royale (située dans l’actuelle province de la Nouvelle Écosse), le Canada tel qu’on l’appelait à l’époque avec la vallée laurentienne, les Pays d’En Haut (la région des grands lacs) et la baie d’Hudson, et enfin la Louisiane qui comprenait un territoire bien plus vaste que la Louisiane actuelle puisqu’elle remontait jusque dans le Pays des Illinois, en gros le MidWest actuel. Ces chapitres décrivent les conditions de l’implantation, les zones de peuplement, les alliances, les conflits et les relations avec les différentes tribus indiennes, les mécanismes de colonisation, le soutien tantôt actif, tantôt absent du pouvoir royal dans cette mise en valeur et appropriation des territoires.
Les auteurs nous plongent ensuite dans la réalité de l’Amérique française de 1560 à 1763 avec leurs groupes sociaux et leur hiérarchie, le rôle de la religion, l’administration de la justice, la vie économique sans occulter la question de l’esclavage en Louisiane (mais aussi au Canada) et la question de l’identité des populations nord-américaines par rapport à la France.
Enfin la dernière partie du livre décrit la perte de cet immense territoire au profit de l’Angleterre suite à la guerre de Sept ans et au traité de Paris qui vit la France renoncer à ses possessions nord américaines et choisir de garder les îles des Antilles. Bonaparte choisira de vendre la Louisiane aux Etats-Unis en 1803.
On croisera dans ce livre des personnages bien connus comme Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Cavelier de Lasalle, Colbert, Louis XIV, Louis XV, Jeanne Mance mais aussi d’autres individus négligés par l’historiographie française et québécoise.

Il est à noter que l’ouvrage de Havard et Vidal ne compte pas beaucoup d’illustrations. Il y a quelques schémas qui sont très clairs et bienvenus comme celui qui récapitule l’emplacement des différents forts français en Amérique du Nord ou encore celui qui présente les forces anglaises et françaises qui allaient s’affronter en 1759 lors de la bataille des Plaines d’Abraham.

Que retenir de cette histoire de l’Amérique française ? C’est le livre à lire pour qui s’intéresse à ce sujet. Je ne suis pas un spécialiste mais je ne trouve aucun défaut à cet ouvrage. Le fond est très riche et documenté. C’est dense mais ça se lit très bien. Peut-être que ceux qui sont déjà familiers avec le sujet y trouveront certaines redites. Mais la qualité de la synthèse est selon moi admirable. Je suis persuadé que chacun y trouvera des informations intéressantes.

Pour l’anecdote, ce livre m’a éclairé sur le nom de certaines rues de Montréal : certains gouverneurs et intendants sont en effet restés méconnus mais pas pour la ville de Montréal qui a perpétué leur mémoire via ses rues. Voici quelques exemples : Denonville, de Champigny, St-Vallier et quelques autres.

Enfin la question qui tue : faut-il nourrir des regrets suite à la disparition de l’Empire français d’Amérique du Nord ? On n’aura bien sûr jamais la réponse à cette question. La France a perdu ce territoire car elle a été vaincue militairement par l’Angleterre. Et lors des négociations qui aboutiront au traité de Paris, Louis XV et Choiseul, son secrétaire d’État à la Guerre et à la Marine, n’ont pas insisté pour garder l’Amérique continentale car il semble que la perspective d’une révolution à moyen terme était envisagée. C’est ce qui arrivera en effet à l’Angleterre avec l’indépendance de ses colonies américaines qui ployaient sous le poids des impôts levés pour remplir les caisses du Royaume-Uni vidées par la guerre de Sept-Ans. La France a en ce sens fait preuve d’un certain réalisme politique.

Il reste aujourd’hui de nombreuses traces de la présence française en Amérique du Nord. On pense bien sûr aux bassins francophones tels que le Québec et l’Acadie. Mais il y a aussi des communautés plus restreintes dans les différentes provinces du Canada et aux Etats-Unis (les cajuns en Louisiane). De nombreux patronymes français ont subsisté (jusque chez les Sioux) tels quels ou anglicisés. Et il reste quelques vestiges plus ou moins bien conservés des forts français.

En conclusion, je trouve très dommage que l’histoire de l’Amérique française ne soit pas enseignée dans les cours d’histoire dans les établissements scolaires français. C’est vraiment un sujet passionnant.

5 étoiles

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