Pour une fois un roman est adapté d’un film et non l’inverse. Plus précisément, le roman a été adapté du scénario écrit par Radu Mihaileanu pour son film qui porte le même nom : Va, vis et deviens.
On y suit l’histoire des Falashas, ces juifs éthiopiens qu’on appelle aussi les Beta Israël. En 1984 a lieu une opération secrète visant à les évacuer vers Israël via des camps de réfugiés au Soudan. C’est dans un de ces camps qu’une mère chrétienne pousse son fils âgé de 9 ans à prendre la place d’un enfant juif décédé. Elle le chasse d’une gifle et lui dit ces mots simples mais lourds de sens : va, vis et deviens ! Une fois arrivé sur le territoire israélien, il est renommé Schlomo et découvre un monde complètement nouveau pour lui. Commence alors une vie à laquelle il n’aurait pas du avoir droit, n’eût été de la volonté de sa mère et du terrible secret qu’il porte : il n’est ni juif ni orphelin.
Voilà un livre que j’ai trouvé intéressant. D’abord parce qu’il fait connaître au lecteur l’existence de juifs africains. Mais c’est avant tout un roman sur l’identité. Comment se définir quand on ne possède pas les codes de la société dans laquelle on vit ? Comment se construire alors qu’on a le sentiment d’être un usurpateur ? Schlomo subit le racisme, l’ostracisme, la pitié, l’envie… C’est pour lui un rude apprentissage du judaïsme et de la vie dans une société occidentale. La tolérance et l’amour auront toutefois raison de bien des obstacles. Le déroulement de l’histoire est certes convenu. Je ne surprendrai personne en révélant que le livre se termine bien. Il fallait un happy ending cinématographique. Mais l’évolution du personnage principal est globalement bien menée.
Ce roman m’a permis de plonger au cœur de la société israélienne avec ses vagues d’immigration successives et les politiques d’intégration des autorités, la vie en communauté dans les kibboutz, les sensibilités religieuses diverses et les tensions avec les Palestiniens. Tout cela m’a donné envie de mieux connaître Israël par le biais de sa littérature. Les visiteurs de ce blogue auraient-ils quelques suggestions à me faire ?
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Les murs, Olivia Tapiero
La Recrue du mois de janvier est Olivia Tapiero et son premier roman, les murs. C’est avec ce livre qu’elle a remporté le prix Robert Cliche remis chaque année à un premier roman québécois. Olivia Tapiero est à 19 ans la plus jeune récipiendaire dans l’histoire de ce prix.
Que voilà un roman maîtrisé ! Avec les murs, nous sommes plongés dans la folie : une jeune fille est à l’hôpital suite à une tentative de suicide. C’est par sa voix que nous vivons son expérience. Le propos du roman est dur, cette jeune fille veut détruire son corps et l’image qu’elle renvoie aux autres. Outre sa tentative de suicide avec des somnifères, elle veut se laisser mourir de faim, elle se mutile en permanence, se drogue et a rasé son crâne. Si elle le pouvait, la narratrice voudrait ne devenir qu’un pur esprit détaché des contingences corporelles.
Le corps est en effet un thème central dans le roman. Détesté, il est au cœur des préoccupations de la narratrice. Son rapport au monde passe par les sensations, qu’elle le veuille ou non. Elle voit, entend, ressent, goûte et sent ce qui l’entoure. D’une négation complète, on arrive en bout de ligne à un mince début d’acceptation.
Pour moi, les murs est un livre sur la volonté : de mourir, de se détruire et enfin d’accepter de se relâcher. La narratrice est toujours en plein contrôle, elle est extrêmement consciente et suit sa logique destructrice. On n’est pas dans une folie détachée de tout et incontrôlable. C’est parfois effrayant et éprouvant à lire car la volonté de mourir, surtout pour une personne jeune, n’est pas un thème facile. Olivia Tapiero possède une écriture forte et subtile à la fois. Forte car il est impossible de rester insensible à ce qui vit la narratrice, les phrases sont courtes et les mots claquent. Et subtile car Olivia Tapiero parvient à livrer un récit très intérieur qui évite la répétition. C’était une crainte que j’avais en abordant le roman, l’écueil est double : tourner en rond et se répéter dans les affres de la folie et faire en sorte que miraculeusement la patiente guérisse. Mais non, la narratrice évolue doucement dans son état d’esprit et dans ses relations avec les autres : le personnel soignant, ses parents, les autres malades… J’apprécie aussi le fait que le lecteur reste sans véritable réponse une fois le roman terminé : rechute, guérison, on ne sait pas ce qui l’attend. Les murs correspond à la tranche de vie du personnage principal entre les murs d’institutions médicales. Ni leçon ni jugement, c’est juste un parcours individuel qui nous est brillamment proposé.
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Je vous ai déjà parlé d’André Pronovost au travers de Kimberly mère de Dieu. Je viens de lire le second roman qui compose le recueil Bord-de-l’Eau : Que la lumière soit, et la musique fut.
Nous y retrouvons les personnages du Bord-de-l’Eau (un quartier du Vieux Saint-Vincent-de-Paul), une petite communauté toujours aussi solidaire malgré les divisions causées entre autres par les indépendantistes et les féministes. L’organisation de l’épluchette de blé d’Inde annuelle va bon train. C’est l’occasion pour Blanche Bonneville d’impliquer Maude, dite la fille des Étoiles, qui sort de prison pour avoir conduit et détruit le camion de pompier du capitaine Laflamme. Tombée sous le charme de Johnny, l’ermite du Bord-de-l’Eau, elle essaie de le convaincre de prendre sa guitare et de jouer lors de l’épluchette de blé d’Inde et de participer à une causerie où il exposerait ses recherches sà propos de l’influence de la lumière sur les comportements humains et animaux.
Comme dans Kimberly mère de Dieu, j’ai aimé le style d’André Pronovost. L’ironie et l’humour sont présents dans des dialogues savoureux et dans les descriptions qui sont à prendre avec un grain de sel. L’histoire du roman importe peu. Je pourrais bien sûr reprocher à l’auteur le côté convenu de l’histoire entre la fille des étoiles et Johnny. C’est évident que ça va bien se terminer pour eux deux. Mais ça n’est qu’un prétexte pour offrir un regard sur le microcosme du Bord-de-l’Eau, sorte de Québec miniature. Le second degré abonde dans Que la lumière soit, et la musique fut. André Pronovost a des talents d’observateur qui plairont aux lecteurs à l’esprit allumé.
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Voilà un livre que j’ai terminé il y a un mois et demi et que je n’ai pas encore commenté. Encore aujourd’hui, je ne sais pas trop quoi en penser.
Un jeune prêtre prend ses fonctions dans une paroisse de campagne. Bien intentionné mais maladroit, il peine à faire sa marque au sein d’une communauté qui se moque de son manque d’autorité et de sa faible constitution. Son journal est le moyen pour lui de garder son esprit concentré sur sa mission. Il y consigne les événements du quotidien de la paroisse, ses discussions avec ses supérieurs et ses réflexions sur les relations qu’il entretient avec ses ouailles.
Journal d’un curé de campagne est un livre sur le doute. C’est d’habitude le genre de livre que j’aime bien car il propose une réflexion sur une figure d’autorité tourmentée sur le bien fondé de sa mission, aussi divine soit-elle. Mais je n’ai pas dévoré ce livre. Je me suis surpris à aller jusqu’au bout de ma lecture alors que j’aurais très bien pu m’arrêter en cours de route sans éprouver de remords. Je pense que je n’ai pas accroché avec la remise en question du prêtre. Pourtant, certains passages sont vraiment profonds et ce roman est bien écrit. Mais je n’ai pas été touché. Je vais tout de même retenir quelques passages intéressants comme les discussions du curé avec ses supérieurs à propos du rôle des prêtres dans les paroisses.
Sans doute très percutant dans la société française des années 30, ce journal d’un curé de campagne me semble avoir perdu de sa pertinence aujourd’hui.
Je ne veux pas rester sur cette impression vis-à-vis de Georges Bernanos. Je suis donc à la recherche de recommandations d’autres livres de cet écrivain.
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Le reste du titre de ce livre d’Andrew Ross Sorkin est peut-être plus parlant que le titre : The Inside Story of How Wall Street and Washington Fought to Save the Financial System from Crisis – and Themselves ou Les dessous de comment Wall Street et Washington se sont battus pour sauver le système financier de la crise… et d’eux mêmes (traduction maison).
Ce livre est une chronique quotidienne, voire heure par heure, de la crise financière de 2008. Le récit commence au printemps alors que la banque d’investissement Lehman Brothers ressent les premiers coups qui la mèneront à la faillite quelques mois plus tard. Le livre se poursuit dans les arcanes de la finance new-yorkaise et du pouvoir à Washington. A la lecture de Too big to fail, vous comprendrez pourquoi les autorités financières ont laissé Lehman Brothers s’écrouler pour sauver quelques jours plus tard Fanny Mae, Freddie Mac et AIG. Vous verrez comment le gouvernement américain et la réserve fédérale ont coordonné les discussions entre dirigeants de banques pour faciliter les fusions et les reprises d’actifs. Les montants d’argent sont étourdissants et le livre montre bien l’importance que joue la confiance dans la vie de ces énormes institutions financières : la confiance des investisseurs qui joue sur le cours des actions, la confiance relative envers les chiffres présentés dans la comptabilité, la confiance entre des dirigeants de banques à l’ego sur-dimensionné et finalement la confiance minée du grand public envers les grandes banques. Le récit s’achève alors que le secrétaire du Trésor, le président de la réserve fédérale des États-Unis et le président de la réserve fédérale de New-York obtiennent des 9 plus importantes institutions financières américaines qu’elles acceptent des fonds du sauvetage pour montrer l’exemple. Too big to fail se termine sur ces mots riches de sens pour les acteurs de la crise qui voyaient enfin la tempête se calmer après de longs mois sans repos : « nous avons franchi le Rubicon ».
Journaliste économique pour le New-York Times, Andrew Ross Sorkin a cumulé plus de 500 heures d’entrevue avec des dizaines de personnes pour reconstituer les événements, les conversations et l’état d’esprit des protagonistes. La galerie de personnages est étourdissante mais chacun joue un rôle bien précis dans ce ballet. L’auteur a eu l’excellente idée de consacrer plusieurs pages pour lister les principaux dirigeants des banques et des agences américaines impliquées. Cette liste s’est avérée fort utile car il est facile de s’y perdre parmi tout ce monde.
Il ne faut pas se méprendre sur le rôle que joue ce livre. Il est avant tout descriptif et ne s’appesantit pas sur les causes de la crise : prêts hypothécaires à risque (les fameux subprimes), montages financiers censés être sans risque, système de rémunération qui encourage une prise de risque excessive etc. L’épilogue est le seul moment ou Andrew Ross Sorkin se permet une opinion sur les événements qu’il décrit : il pense que Hank Paulson, le Secrétaire du Trésor sous le gouvernement de G.W. Bush demeurera un héros obscur car il a pris des décisions nécessaires mais impopulaires politiquement.
Je suis impressionné par la quantité d’information présentée dans cet ouvrage. Il est certainement en passe de devenir un classique pour les historiens et les économistes. L’Histoire dira si les acteurs de cette crise ont pris les bonnes décisions. Il semble déjà clair à la lumière des événements de 2009 que les autorités américaines ont laissé passer la chance de réformer le secteur financier en profondeur. Les survivants vont-ils tirer les leçons de cette crise ? Rien n’est moins sûr.
Too big to fail est à lire absolument si vous vous intéressez au monde de la finance. Je pense que ce livre mériterait d’être lu dans le cadre d’études en finance, en gestion et en commerce. Les drogués d’actualité le liront aussi avec grand plaisir. Pour ma part, ce récit m’a permis de mieux comprendre les dessous de la crise et le fonctionnement du monde si particulier de la finance américaine.
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Danielle Dumais avec la femme fragment est la dernière recrue de l’année 2009.
Le personnage principal du roman est une jeune femme nommée Caroline. Elle a été élevée par un père âgé et solitaire qui a tout fait pour lui montrer la beauté de la vie. Sa mère a disparu peu de temps après sa naissance. Caroline ne s’est jamais posé de questions sur son histoire familiale et s’est contentée des réponses évasives de son père. Mais quand son père meurt, elle apprend la véritable histoire de sa mère et les souffrances qu’elle a endurées avant de rencontrer le père de Caroline et de lui proposer d’avoir un enfant ensemble. Caroline est bouleversée et s’interroge sur son identité et ses relations avec les autres, en particulier avec les hommes.
J’ai tout de suite aimé me plonger dans la femme fragment. Danielle Dumais a choisi de dresser le portrait de Caroline en mosaïque en la décrivant petit à petit tantôt du point de vue de son entourage (amis, famille, collègues, conjoints) et tantôt en la laissant s’exprimer à la première personne. Ce procédé rend le récit dynamique. À ça s’ajoute une aura de mystère autour de Caroline qui n’est pas une femme facile à cerner. Elle-même s’interroge sur qui elle est quand elle apprend l’histoire de sa mère. Elle entame une quête d’identité qui l’amène à faire de nouvelles rencontres.
J’ai l’impression d’avoir eu affaire à deux livres distincts en lisant la femme fragment. Les deux premiers tiers portent sur la recherche de son passé et le reste du livre est consacré à la recherche d’un conjoint. La rupture entre les deux se produit quand Caroline décide de s’expatrier pour faire le point. C’est peut-être sévère mais je me suis senti trompé car pour moi Caroline perd son objectif initial qui est de se définir une fois qu’elle connaît mieux l’histoire de sa famille. C’est un peu comme si elle abandonnait ce projet pourtant central pour se consacrer plus banalement à sa vie amoureuse. Et je n’ai pas l’impression qu’elle finisse par obtenir les réponses à ses questions. En fait, la première partie du roman est ambitieuse et fort réussie. Je l’ai trouvée très solide dans sa facture et le sujet universel de la connaissance de soi est maîtrisé. Malheureusement le propos finit par s’éloigner de la quête d’identité pour tomber un peu à plat. J’ai refermé ce livre en étant déçu car il m’a semblé que Danielle Dumais s’est perdue en chemin comme son personnage. Enfin, je trouve que Caroline perd de sa superbe au fur et à mesure du roman. De mystérieuse et rêveuse au début du roman, elle devient terne et sans saveur alors que le récit se fait à la première personne.
Malgré cette déception personnelle, la femme fragment demeure un très bon premier roman. Danielle Dumais possède une voix originale et sait amener le lecteur dans l’univers qu’elle a créé. Le fait que je n’ai pas pu lâcher le livre est un bon indice de ses qualités.
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Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière
Dany Laferrière l’admet volontiers, il est doué pour les titres de ses livres. Après Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, voici donc je suis un écrivain japonais. Le titre a de quoi surprendre : Dany Laferrière, un québécois d’origine haïtienne, est un écrivain japonais ? Vraiment ?
Le narrateur est un écrivain pressé par son éditeur de publier son prochain livre. Il lui répond que son titre est déjà trouvé : Je suis un écrivain japonais. Mais notre écrivain n’a encore aucune idée de ce que son roman va contenir. Il se lance alors sur quelques pistes et entame une recherche auprès d’un groupe de jeunes japonais branchés qui vivent à Montréal. Il alterne avec des lectures de voyage de Basho, le maître japonais du Haïku. Ce faisant il suscite un certain émoi auprès du consulat du Japon : qui est ce Montréalais, noir de surcroit, qui se prétend écrivain japonais ? Son projet de roman ira même faire des vagues jusqu’au Japon.
Avec ce récit nonchalant, Dany Laferrière joue avec les mots et avec le lecteur. Il mêle habilement le récit de la vie du narrateur et l’univers créé par l’écrivain. J’ai savouré ce roman en me laissant porter par le style fin et intelligent de Dany Laferrière. Je suis un écrivain japonais est un plaidoyer en faveur de la liberté de l’écrivain : ne pas se laisser apposer une étiquette et ne pas écrire un livre sur commande, que ce soit pour un éditeur ou un consulat. Le romancier va ainsi librement butiner d’un récit à un autre, d’un personnage à un autre et d’un lieu à un autre. C’est pourquoi il ne faut pas lire ce roman pour lire une histoire mais plutôt pour se plonger dans une ambiance.
Une fois n’est pas coutume, je vous laisse sur une citation qui illustre bien la finesse de Dany Laferrière : » Je savais que la littérature comptait pour du beurre dans le nouvel ordre mondial. Il n’y a que les dictateurs du Tiers-Monde qui prennent les écrivains au sérieux en les faisant régulièrement emprisonner, ou fusiller même » (page 111).
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Tags: écrivain, Basho, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière, Haïku, Japon, Je suis un écrivain japonais, littérature, Littérature québécoise, Montréal