la Recrue du mois
Cassie Bérard est la recrue du mois avec son premier roman intitulé D’autres fantômes.

D'autres fantômes Cassie Bérard

Station Trocadéro à Paris, une jeune femme se jette sous un métro et meurt. Albert est témoin direct de la mort violente de cette inconnue. Cet épisode tragique le marque et il décide de retrouver l’identité de la suicidée. Cette quête vire rapidement à l’obsession et l’entraîne à la rencontre de nombreuses personnes. Son enquête fait resurgir des souvenirs d’enfance, en particulier les bons moments vécus avec son grand-père et sa sœur Juliette. Cette quête est intense pour Albert et les relations avec sa femme et ses enfants en pâtissent.

D’autres fantômes est un roman sur les faux semblants. Il ne faut pas forcément croire tout ce que raconte le narrateur car il ne se connaît pas lui-même. Ce qu’il raconte est très subjectif, c’est le fruit de sensations, d’impressions pas toujours tangibles. Il est en plein questionnement sur son identité et ses priorités dans la vie. Il ne faut pas non plus faire confiance à sa mémoire car dans son esprit tout est confus, notamment les nombreux secrets de famille auxquels il est confronté.
Dans sa quête de l’inconnue du métro, il erre dans Paris et croise de nombreux personnages qui le mènent sur de nombreuses fausses pistes. Il s’égare dans Paris comme il s’égare dans son esprit.
D’autres fantômes est un écho à René Descartes et son discours de la méthode, livre qui contient le fameux « je pense donc je suis ». Albert pense, mais est-il vraiment ? Il a une pensée construite sur ce qu’il vit mais le lecteur finit par douter de la réalité même de ce narrateur.
Au sein du roman de Cassie Bérard, le questionnement sur l’identité s’appuie sur l’analyse de la mort et de l’enfance. Ce sont les deux faces d’une même pièce, le point de départ et la fin de la vie. Les deux se répondent dans l’esprit du narrateur et déclenchent des interrogations sur qui il est et comment il s’est construit en tant que personne.

Avec D’autres fantômes, Cassie Bérard a choisi de traiter de sujets difficiles. Il faut aimer être plongé dans les pensées de quelqu’un et même de se perdre dans les méandres de l’esprit. Reste que ce roman est long, trop long. Je n’ai pas saisi la nécessité de multiplier les rencontres avec des personnages différents dans la recherche de l’inconnue du métro. Il faut réellement s’accrocher, le roman n’est pas pour les lecteurs qui veulent lire une histoire. Le résumé est un peu trompeur en ce sens car le roman n’est pas une enquête mais une quête de soi. D’autres fantômes, une fois refermé, pose beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses et comme lecteur je n’ai pas véritablement su mesurer les intentions de l’auteure.


J’ai pris connaissance de l’oeuvre de Colum McCann en lisant un article sur l’actualité littéraire. Cet auteur américain d’origine irlandaise a en effet publié il y a peu un roman intitulé Transatlantic dont on semblait dire beaucoup de bien. Et l’on disait plus généralement du bien de l’auteur et de son oeuvre. Je n’aime pas débuter avec la dernière œuvre en date d’un auteur. L’article  citait Let the great world spin (Et que le vaste monde poursuive sa course folle en version française) comme son roman le plus connu. Il a d’ailleurs remporté le National Book Award en 2009. C’est donc par celui-là que j’ai décidé d’entamer l’œuvre de Colum McCann et ce dans sa version originale.

Let the great world spin - Colum McCann

L’action du roman se déroule à New-York en 1974, entre le quartier sordide du Bronx, la plus chic Park Avenue et une scène centrale au World Trade Center. Ou plus précisément entre les deux tours puisque le roman s’inspire de la prouesse réalisée par l’équilibriste Philippe Petit qui a réellement marché sur une corde métallique entre les deux tours le 7 août 1974.

Let the great world spin est un excellent exemple, si ce n’est un modèle, de roman choral. Chaque chapitre est en effet présenté du point de vue d’une personne en particulier. Ce sont au total 11 personnages autour de qui l’action gravite. Ils sont tous plus ou moins liés les uns aux autres soit par un événement ou par certains des personnages du roman. Les liens ne sont pas forcément hyper évidents au départ, ils ne sont pas livrés sur un plateau au lecteur mais habilement distillés au fur et à mesure du récit. Ce qui fait la force de Let the great world spin est l’équilibre (pensez à ce funambule) entre la puissance de chaque chapitre et la subtilité des liens entre les différents personnages. Chaque chapitre pourrait dans l’absolu se suffire à lui-même à la façon d’une nouvelle. Il décrit habilement le présent du personnage en question avec ses doutes et ses interrogations en les mettant en perspective avec des épisodes marquants de son passé. Et au fur et à mesure des récits, le roman prend corps en tant qu’entité plus large que les 11 chapitres et révèle son caractère universel quand le roman se clôt avec un bond dans le temps en 2006.

Outre les parcours individuels des différents personnages, Let the great world spin aborde plusieurs thèmes. Il y a tout d’abord la guerre du Vietnam qui fait écho à celle d’Irak. Le chagrin des mères qui se retrouvent dans des groupes de soutien suite au décès de leurs enfants au Vietnam transcende les milieux sociaux : la guerre, cette grande égalisatrice… Il est aussi question de la pauvreté avec l’implication de Corrigan, ce moine des temps modernes qui a fait vœu de pauvreté et de chasteté et qui accompagne les prostituées toxicomanes du Bronx dans leur quotidien. Let the great world spin pose aussi la question de l’art entre la performance de Philippe Petit et celle moins spectaculaires de ces deux artistes retombés dans l’anonymat après avoir été la coqueluche du tout New-York. Et justement il y a New-York la toile de fond du roman qui est presque un personnage à part entière dans ce roman. Colum McCann pose un regard d’immigrant sur la ville et sait lui rendre un bel hommage alors même qu’elle ne se présentait pas forcément sous son meilleur jour au milieu des années 70.


J’ai lu Sous le radar dans le cadre de la Recrue du Mois. Il s’agit du premier roman de Pierre Breton.

Sous le radar, Pierre Breton

Le propos de Sous le radar peut être résumé très simplement : le narrateur se souvient des épisodes marquants de son enfance dans le Québec des années 60. Ce résumé est certes un peu réducteur car ce qui fait l’intérêt de ce roman est la couleur que Pierre Breton met dans le récit. Le narrateur, qui n’est jamais nommé, donne la part belle dans ses aventures à son camarade Tom Higgins, un garçon de son âge d’origine irlandaise qui est beaucoup plus téméraire que lui.

Entre La gloire de mon père de Marcel Pagnol et Tom Sawyer de Mark Twain, Pierre Breton signe une savoureuse chronique de l’enfance. On vibre avec les personnages qui nous embarquent dans leurs méfaits, leurs bons coups et leurs frayeurs. Chaque chapitre est le récit d’un épisode particulier. Il est notamment question d’une soirée de mariage épique où les rivalités entre plusieurs villages sont fortes ou encore un séjour dans une famille d’habitants à l’occasion des récoltes où les limites intellectuelles côtoient la pingrerie. Le roman peut aussi être plus grave avec comme sujets la prison et le suicide.

L’intérêt de Sous le radar réside aussi dans la restitution d’une époque. Dans son village, le narrateur dépeint de solides rivalités politiques alors que le Québec sort de la grande noirceur avec la révolution tranquille. Mais l’Eglise restait encore bien présente dans la vie des Québécois des années 60, en tout cas dans le monde rural. A contrario, Montréal est au même moment majoritairement anglophone et une ville de débauche (ou de découvertes intéressantes si on se place du point de vue d’un adolescent). La vie en région à cette époque, c’est aussi la main d’œuvre qui s’exporte en Ontario dans les plantations de tabac et l’emploi au sein de la base de l’armée américaine qui abrite le radar du titre du livre.

J’ai trouvé dommage que malgré ses 300 pages, ce roman s’arrête si vite. C’est une lecture qui m’a réellement enthousiasmé.


Comme moi, vous connaissez sans doute Patrick Sébastien l’animateur et l’interprète des sardines. Si vous êtes amateur de rugby, vous savez aussi qu’il a fait les belles heures du CA Brive Corrèze comme président. Mais il aura fallu que le Père Noël me dépose son roman Inéluctable sous le sapin pour que je fasse connaissance avec Patrick Sébastien l’auteur. Bon, j’avais repéré ce roman dans les librairies en m’interrogeant sur le potentiel livresque de Patrick Sébastien. Voilà l’occasion de me faire ma propre opinion.

Ineluctable Patrick Sebastien

Jo Simon est un tueur. Il le découvre lors d’une soirée où il cède à une pulsion meurtrière. Par la suite il se découvre carrément tueur en série. Jo mène alors lui-même l’enquête pour comprendre ce qui lui arrive et essayer de vivre heureux avec Rosa, son amoureuse de fraîche date. Il doit en même temps échapper aux enquêtes de la police.

Disons le tout de suite, nous n’avons pas avec Inéluctable un candidat au Goncourt. Patrick Sébastien sait qu’il écrit un roman de gare et je dois avouer qu’il maîtrise bien les codes du genre. Le postulat de départ est déjà original : nous suivons un serial killer malgré lui qui enquête sur son propre cas. C’est bien tordu au départ et ça continue de plus belle au fur et à mesure du roman jusqu’à la toute fin. Mention bien pour l’originalité de l’histoire. Je me suis surpris à enchaîner les chapitres les uns après les autres pour avoir le fin mot de cette histoire. Le suspense est bien manié par l’auteur. Toutefois, je m’interroge sur le fondement scientifique de ce qui pousse le personnage principal à devenir un tueur en série. La double chute est d’ailleurs un peu alambiquée mais ça fait partie des surprises du genre. Il ne faut pas bouder son plaisir. Au niveau du style, Patrick Sébastien brise un peu trop allègrement le quatrième mur sans que ce soit véritablement nécessaire. J’ai l’impression qu’il a parfois voulu faire du San-Antonio (une excellente école cela étant) en faisant passer un avis personnel sur quelques sujets de société mais sans que ça fasse mouche. Reste que je recommande Inéluctable pour un moment de lecture détente. Contrat rempli en ce qui me concerne.


Vous aussi vous attendez la saison 4 de Game of Thrones avec impatience ? C’est pour ça que j’ai voulu lire les livres, qui plus est en version originale. Après A Game of Thrones et A Clash of Kings, j’ai donc lu le troisième tome de la série A Song of Ice and Fire de l’auteur américain George R. R. Martin. Après un premier tome à 500 pages et un deuxième à 700 pages, c’est le plus gros pavé de la série avec 1 092 pages.

A storm of swords George Martin

Il est délicat de résumer un tel ouvrage sans gâcher le plaisir des futurs lecteurs (voire des futurs téléspectateurs). C’est pourquoi je vais me contenter d’un rapide état des lieux de la situation au début du roman. C’est toujours la guerre civile à Westeros. Joffrey reste sur le trône de fer, soutenu par la riche famille Lannister, mais il est toujours contesté par son oncle Stannis qui, bien que vaincu sur les eaux de la rivière Blackwater, essaie toujours de reprendre la couronne. Tyrion a rendu le rôle de Main du Roi à son père Tywin Lannister. Robb Stark dirige toujours son armée, en rébellion contre Joffrey, mais son fief de Winterfell a été détruit par les Greyjoy. Catlyn Stark a libéré Jaime Lannister et demande à Brienne de Tarth de l’escorter jusqu’à King’s Landing, espérant un échange avec ses 2 filles. Au Nord, la garde de nuit de plus en plus démunie fait face à la révolte des Autres qui se rassemblent au-delà du mur. De l’autre côté de l’océan, Daenerys Targaryen cherche à se constituer une armée pour reconquérir le trône de fer. Mais devra-t-elle transiger avec des esclavagistes pour y parvenir ?

Ce ne sont là que quelques-unes des trames narratives de cette série de livres. Dire que le sujet est riche est un euphémisme. Je ne sais pas comment George R. R. Martin a pu concevoir un univers aussi complexe et aussi passionnant. A vrai dire c’est la multiplicité des personnages et le fait qu’ils se croisent tous plus ou moins qui tient de la prouesse. C’est particulièrement passionnant à suivre, d’autant que l’auteur sait jouer du suspense avec habileté.

Ceux qui ont déjà vu la saison 3 de la série savent déjà que ce roman contient un épisode particulièrement sanglant et choquant. Dès le tome 1, Georges R. R. Martin avait en effet choisi de tuer certains personnages principaux. Dans A storm of swords c’est aussi le cas. La saison 3 diffusée sur le petit écran s’était achevée sur l’épisode des noces pourpres mais dans le livre les tueries continuent. Plusieurs personnages importants vont perdre la vie.

Le tome 3 voit l’arrivée d’un nouveau narrateur : il s’agit de Jaime Lannister, le frère de Tyrion et de Cersei. Personnage haï de presque tous dans les deux premiers tomes, il prend ici une nouvelle dimension. Présenté comme un chevalier doué et puissant, il se révèle tout en nuances entre doute et remords. Preuve une fois de plus que Georges R. R. Martin est un auteur subtil (même s’il dézingue du personnage à tours de bras).


Dans le cadre de la Recrue du mois, j’ai lu le premier roman de Steph Rivard qui s’intitule Les fausses couches.

Fausses-couches-Steph Rivard

William est un garçon de 12 ans qui vit dans une famille un peu folle. Entouré de ses parents, sa grand-mère, sa sœur, d’oncles et tantes et de cousins, c’est lui qui chronique les épisodes marquants de sa vie avec son regard d’enfant. Sauf qu’on ne parle pas là d’une enfance dorée sans heurts. On sent au fil du récit que plusieurs choses ne vont pas comme elles devraient aller dans une famille normale.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé Les Fausses Couches. J’ai en effet toujours du mal à me plonger dans un ouvrage écrit à la première personne du point de vue d’un enfant. Le côté faussement naïf de ces écrits enlève pour moi toute sincérité au texte. Toutefois, j’ai voulu jouer le jeu jusqu’au bout et j’ai lu Les Fausses Couches en totalité. C’est pourquoi je retiens 2 raisons d’aimer ce livre, même si ça n’a pas fonctionné pour moi.

Raison 1 : le pouvoir de l’imaginaire
On comprend rapidement que William est confronté à des choses pas drôles dans sa famille avec un oncle attardé mental, une tante alcoolique et une grand-mère qui vit dans la misère au grenier. William a une forte imagination qui lui permet d’enjoliver ou tout du moins d’adoucir une dure réalité. Pour le lecteur, c’est une invitation à ouvrir bien grandes les portes de son imaginaire. Il ne faut pas essayer de comprendre en détail ce que le récit est censé décrire mais se laisser séduire par le style imagé et poétique de Steph Rivard.

Raison 2 : la famille dysfonctionnelle
Onze personnes qui vivent sous le même toit, ça fournit de la matière, surtout quand la folie guette les grands comme les petits. Dans toutes les familles, il y a des originaux mais que se passe-t-il quand tout le monde possède un petit, voire un gros, grain de folie ? Steph Rivard souligne avec la famille de William qu’une famille normale, ça n’existe pas. Violence verbale et physique, cruauté, indifférence… la liste des travers est longue mais le plus fou avec la famille c’est qu’on finit par l’aimer pour ce qu’elle est, ses bons et ses mauvais côtés car elle fait partie de ce qui nous définit. C’est là le message de Steph Rivard avec Les Fausses Couches : ni espoir, ni résignation mais une bonne dose d’acceptation des autres et donc de soi.


la Recrue du mois

Anna Raymonde Gazaille est la recrue du mois de février avec un premier roman sobrement intitulé Traces.

Traces Anna Raymonde Gazaille

Plusieurs femmes fréquentant des sites de rencontres dédiés aux couguars sont assassinées selon un rituel bien précis. Une équipe d’enquêteurs du SPVM est mise sur le coup pour résoudre ces crimes. Outre les policiers qui travaillent sur cette enquête, le lecteur suit Laure Cléments, une femme qui vient de subir un curieux accident de la route, et un homme mystérieux surnommé le Gros qui passe son temps les yeux rivés sur ses écrans d’ordinateur.

Ce que je retiens tout d’abord de ce bon polar québécois est le souci d’exactitude qui anime Anna Raymonde Gazaille et qui transparaît tout au long du roman. Le processus d’enquête est en effet bien décrit. On sent l’intention de l’auteure de montrer le travail minutieux des enquêteurs. Par exemple, là où certains auteurs de polars peuvent ne pas s’embarrasser de certains détails, Anna Raymonde Gazaille souligne l’importance d’avoir un mandat en bonne et due forme. Par ailleurs, les enquêteurs font preuve de discernement et savent très bien qu’ils ne peuvent rien prouver uniquement avec des preuves circonstancielles. Indubitablement, le sujet a été travaillé pour rendre compte de la complexité d’une enquête. L’intrigue elle-même est bien ficelée. Le but n’est pas de savoir qui a commis le crime (car les indices pointent rapidement vers une personne en particulier) mais bien de savoir comment on obtient l’arrestation de cette personne hors de tout doute. Je note que Traces est un roman policier qui, sauf erreur, ne contient pas un seul coup de feu. Mais les amateurs du genre sont bien servis avec des meurtres sordides à souhait.

Dans ce roman, les personnages sont attachants et bien travaillés. Je me suis senti impliqué dans le quotidien des enquêteurs. Je me suis tout de même demandé si l’intrigue n’était pas parfois un peu diluée dans les éléments de vie personnelle des différents personnages. Je ne suis pas sûr qu’en tant que lecteur on gagne à savoir que Ling est homosexuelle ou que Steve Losier a des problèmes de couple. Ces deux personnages sont secondaires et ne méritent sans doute pas d’être aussi développés dans le récit. Sauf si les personnages du roman devaient devenir récurrents dans une série de livres ou pourquoi pas dans une série télévisée.

Le langage des personnages est un peu trop châtié pour un polar. Anna Raymonde Gazaille a fait le choix de ne pas aller dans le joual et les sacres. Mais des termes comme morigéner ou fruste sont un peu trop littéraires à mon goût pour un roman policier. De même, à un moment donné, une policière est dans sa voiture en surveillance devant le domicile d’un suspect et elle parle à sa collègue de son besoin d’uriner. Je l’aurais plus volontiers imaginée parler de son envie de pisser sans que ça fasse vulgaire. Il y a un décalage entre le vocabulaire des personnages et une enquête très réaliste dans ses détails.

Le dernier point qui me paraît important à la lecture de Traces est la passion d’Anna Raymonde Gazaille pour Montréal et le Québec en général. Elle prend soin de montrer différents visages de la région de Montréal et différents lieux du Québec. Traces se déroule sur une toile de fond qui est un hommage à la Belle Province.




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